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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 06:51
Fakir à la rose
Fakir à la rose

De nos jours, beaucoup de choses sont écrites sur l’Eveil (en Sanskrit : Samâdhi) et souvent, je m’aperçois qu’on le décrit comme une expérience qui apporte une amélioration pour le chercheur spirituel une fois qu’il a atteint l’état de Samâdhi. Le chercheur devient spécial. Une version améliorée. Un modèle turbo.
Rien ne saurait être plus éloigné de la vérité. L’expérience de Samâdhi est inséparablement liée à l’annihilation du chercheur. La survenue de la Samâdhi équivaut à la cessation du chercheur. La Samâdhi est la suspension de la structure du soi mental.

Le mental existe en tant qu’entité qui a pour fonction sempiternelle de s’approprier, de s’identifier. Il le fait implacablement, sans cesse. Lorsque le mental dit : « J’ai faim », il s’identifie à une sensation dans l’estomac. Lorsqu’il dit : « Je suis en colère », il s’identifie à une émotion. Et la liste s’allonge sans cesse. A chaque fois que le mental exprime une notion d’identité, il perpétue un mensonge existentiel.

Chacun d’entre nous dans ce monde a déjà fait face à la notion de « Je suis riche et célèbre » et aux modalités subséquentes en terme d’arrogance et d’égocentrisme. Il est intéressant de noter que les mêmes dynamiques du mental sont directement transférées dans la dimension spirituelle. Le mental perpétue ses modalités usuelles sans même sourciller. Il suit son cours.
Désormais, son identité a pris une nouvelle forme : « Je suis doué en méditation ».

Dès lors, on devient quelqu’un qui peut affirmer : « Je canalise Dieu, Mère Marie ou Saint Germain ». Notre nouvelle identité devient : « Je suis proche de Dieu » (et vous feriez mieux d’écouter ce que je vous dis). Lorsque de telles notions sont perpétuées, on continue bel et bien de nourrir son arrogance et son égocentrisme, mais sous un nouveau déguisement.

La toute première ligne des Yoga Sutras de Patanjali dit : « Yoga Chittam Vritti Nirodha ». Le yoga est atteint lorsque tout mouvement du mental a cessé. En d’autres termes, il est atteint lorsque la capacité du mental à s’approprier des identités cesse totalement.

La Samâdhi est l’expérience de l’ouverture de l’espace intérieur. Dans cette ouverture de l’espace intérieur, le soi mental disparaît purement et simplement. Lors de cette disparition, tout processus d’identification s’évapore.

La Samâdhi est la présence d’un silence si vaste que le soi mental ne survit pas à l’émergence de cette présence. Dans la réalité de cette présence, le mental doit être absent. Par voie de conséquence, Samâdhi et soi mental n’existent pas simultanément. Ils ne le peuvent pas. Si le soi mental est,
la Samâdhi n’est pas. Si la Samâdhi est, le soi mental n’est pas.

En Inde, il existe une technique spirituelle qui a pour objectif d’aider le méditant à naviguer vers le but final, l’ultime « ici et maintenant », la Samâdhi. On appelle cette technique « neti, neti ». Cela signifie « ni ceci, ni cela ». A chaque fois que le méditant détecte une identité qui émerge en lui, on lui conseille de penser « Je ne suis pas ceci ». L’identité suivante survient et à nouveau, le méditant pense : « Je ne suis pas cela ».

Cette technique fait partie de la pratique du Gyan Yoga, le yoga de l’intellect, puisqu’il a recours à l’intellect pour en fait aller au-delà de l’intellect. Elle guide le méditant vers l’expérience de liberté de toute identification : la Samâdhi.

Lors de la Samâdhi, le chercheur disparaît. Ce qui reste est le flot de l’expérience. Toute séparation entre le sujet et l’objet s’est évanouie. Tous les noms ont disparu et il ne reste que les verbes. Seul demeure le processus d’expérience de l’intensité électrifiante de l’instant même.

L’évènement de la Samâdhi est très choquant. Aucune dose d’imagination, aussi créative soit-elle, ne pourra préparer l’individu à cette expérience.

J’ai vécu la Samâdhi pour la première fois à l’âge de 21 ans, après 3 années d’intense entraînement yoguique. Je me suis assis en méditation et me suis concentré sur un point situé à 5 centimètres au-dessus de ma tête, en visualisant une flamme. Puis j’ai visualisé que j’entrais au coeur de cette flamme. Soudain, depuis le coeur de cette flamme, un espace a commencé à s’ouvrir rapidement et une incroyable immensité s’est déployée, dans laquelle mon être et toute activité mentale ont complètement disparu.

Le choc m’envahit jusqu’à la moelle. La Samâdhi est comme une mort, car la vie et notre perception des choses telles que nous les connaissions, disparaissent. Selon la puissance et la profondeur de l’expérience de Samâdhi, il peut falloir des mois, voire même des années, avant d’intégrer l’évènement. La Samâdhi crée également un contraste dans le sens où, pour la première fois, il y a éveil et dans cet éveil émerge la reconnaissance que la vie avant cette immense ouverture était une vie de profond sommeil. Les écritures yoguiques différencient Sarbij et Nirbij Samâdhi. Le premier terme signifie « avec graine », le second « sans graine ». En réalité, cela signifie que la structure ego-mental revient après l’évènement de Sarbij Samâdhi. Non seulement elle revient, mais en outre, dans la plupart des cas, la structure ego-mental s’approprie l’évènement et le revendique, à moins que l’individu n’ait une conscience capable d’être témoin des dynamiques en
mouvement, et qu’elle ne l’en empêche. Existentiellement, la situation est tout à fait comique : le mental revendique le non-mental. Les mots revendiquent le silence. A la seconde même où le mental revendique l’expérience de non-mental, un processus de corruption se met en place.

Alors que la structure ego-mental revient après Sarbij Samâdhi, ce n’est pas le cas après Nirbij Samâdhi. En conséquence, Nirbij Samâdhi correspond à l’expérience de l’Eveil, Sarbij Samâdhi non ; c’est un aperçu de l’Eveil.

Certaines personnes ont vécu des expériences de Sarbij Samâdhi et les prennent pour l’Eveil. Alors, immédiatement, elles s’en vont donner des satsangs à autrui, proclamant qu’elles ont atteint un état élevé. Mais il ne s’agit pas de l’Eveil. Des centaines, voire des milliers d’expériences de
Sarbij Samâdhi peuvent survenir avant que ne se produise l’évènement de Samâdhi de non-retour.

Je souhaite souligner que l’expérience de Samâdhi ne crée pas l’infaillibilité. Même les rares êtres qui sont pleinement ancrés en Samâdhi conservent la capacité humaine de commettre des erreurs à différents niveaux. L’apprentissage continue. L’univers évolue sans cesse, nous aussi.

Comment atteindre la Samâdhi ?

Il existe de nombreux types de techniques méditatives : leur efficacité dépendra simplement de la compatibilité entre vous-même et cette technique.

On peut placer son attention sur le Hara, le chakra du coeur, le troisième oeil et le sommet de la tête. Il y a la méditation Kriya. Les expériences de Samâdhi qui se produisent lorsqu’on se concentre sur chacune de ces portes varient notablement. Les expériences de Samâdhi qui se produisent à partir du Hara ont une qualité terreuse et ancrée très prononcée. A partir du coeur, la Samâdhi se présente dans une douceur et une extase inexprimables. A partir du troisième oeil, l’expérience de Samâdhi est fraîche et lumineuse. A partir du chakra du sommet de la tête, elle peut être immensément choquante.

Il peut être intéressant de noter que des expériences de Samâdhi se produisent dans des sports à forte intensité, dans l’acte sexuel et dans les arts, tels la danse, la musique, la peinture, etc. Toutefois, étant donné que dans ces contextes, l’individu est totalement privé d’entraînement direct, il se peut qu’il connaisse une grande confusion en réponse à l’évènement. Si la Samâdhi se déroule dans le contexte d’une authentique école des mystères, au moins, il aura eu un entraînement conscient pour l’y préparer.

Un être humain faisant l’expérience de la Samâdhi sera transformé à jamais. Cette expérience représente une liberté océanique allant au-delà de tout ce qui pourrait être décrit et c’est la raison pour laquelle cet évènement hantera l’individu et ne pourra que le propulser dans la recherche de situations et de conditions dans lesquelles la Samâdhi pourra se reproduire.

Encore et toujours. Jusqu’à ce qu’un jour, le chercheur disparaisse à jamais et ne revienne plus.

Andreas Mamet

Source : http://www.meditationfrance.com/archive/meditation/samadhi.htm

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Publié par Emmanuel
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commentaires

plombier paris 4eme 01/02/2015 16:07

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

a 22/02/2015 10:11

quand j'attends avec attente c'est le passé qui attend le futur,
c'est quand ce qui n'existe plus attend ce qui n'existe pas encore
c'est quand la souffrance conduit au rêve et le rêve à la souffrance

quand j'attends sans attente c'est l'amour,
c'est quand ce qui a été est encore et ce qui n'est pas encore est déjà

aimer hier et aimer demain c'est aimer aujourd'hui

la souffrance est le produit de l'illusion d'un continuum espace temps

l'amour est une ininterruption qui survient

Emmanuel 21/02/2015 05:39

Sourire

Décide-t-on vraiment de quelque chose ?
Un jour je me souviens avoir osé déposer ma tête sur les racines d'un vieil arbre. A bien y réfléchir, avant et après cet événement, plus d'une fois j'ai osé me laisser faire différemment, juste un premier pas vers l'inconnu qui en entraine un second. Juste écouter la parole d'un ou d'une Amie, la laisser en mon enceinte pénétrer, germer et fructifier. Il est aussi sans doute des silences entre ces mots, derrière ces mots, et à leur origine, qui percent les murailles
Et ce moteur de l'aventure s'appelle amour n'est-ce pas ? Plus que peur de souffrir encore ?
Alors la souffrance ne serait-elle pas refus de cet amour ?
Combien je vibre quand au milieu des mes Amis lorsque, avec eux, je parle de Cela qui importe, qui nous porte, nous emporte. Combien je vibre lorsqu' apparait le vieil homme aux cheveux rares et blanchis par le temps, l'amoureux servant de la sagesse.
Il semble que j'attende encore mais différemment, proche, tout à la fois comme vous le dites d'être la promesse d'un parfum et le parfum d'une promesse. J'attends que quelque chose se passe, j'entends des pas se rapprocher.
Quelles sont aussi ces larmes si proches, qui ou quoi est pleuré ? L'absence d'êtres aimés ? Le vieil homme qui va mourir et qui le sait, celui qui s'y refuse et lutte encore ? Le corps-esprit vivant ces derniers instants ? Je ne sais. Mais quelque chose forcément doit se passer, va se passer et établir à jamais ce que je suis.

golden 21/02/2015 00:41

j'ai vécu en médi-station au beau milieu de moi-même,
dans le hara, dans l'esprit et dans le coeur
j'ai rencontré le silence le vide et la lumière
au bout du compte, j'ai fini par comprendre que de tout cela,
rien ne m'attendait tout comme je n'attendai rien

alors j'ai décidé de vivre en médi-station au milieu d'une pomme
maintenant je suis la promesse d'un parfum et le parfum d'une promesse
je suis au centre d'un sourire

Emmanuel 03/02/2015 05:41

Je ne vois aucun lien - merci si vous pensez que cela peut nous intéresser de le mettre en clair dans vos commentaires

123 28/01/2015 07:56

c'est à partir de l'accumulation intérieure que nous nous objectivons
nous nous identifions alors à un contour, une forme, un contenant, une frontière

l'extérieur est déjà plein de nous-mêmes
faire de la place c'est désemplir l'intérieur
l'intérieur se vide, la forme perd sa fonction et disparaît

l'amour peut alors s'unir au silence

Emmanuel 18/02/2015 06:37

J'ai retrouvé dans ma "maison", mes "papiers" un texte de Krishnamurti qui m'avait éclairé, un extrait de ce texte figurait alors au fronton Le publier à nouveau ce matin.

Emmanuel 03/02/2015 05:44

Il me faudrait dire avec des mots ce que je ressens plus que je ne le pense et qui semble similaire au processus que vous décrivez. Essayons.
Cela a à voir avec l'abandon et la confiance, ne plus être en alerte permanente pour défendre une image de nous-même, de peur d'être assiégé et de succomber.
Sans forme définie pourtant je demeure.
Confiant dans ce que je perçois de plus profond en moi, comme un roc et pourtant rien de dur, de coupant. Plus proche du coton que de la pierre et pourtant si solide, si certain.
Une légitimité à être comme tout être, pas plus qu'un autre ni moins qu'un autre.
Aucune autorité humaine ne peut prétendre diriger ce que je suis, que cela soit réel ou projeté de mon mental.
Ne soumettre personne
Aspirer à la paix et à la fluidité sans attente, sans projection dans le temps.
Laisser se partager cette paix qui rayonne

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Tout comme l'aigle s'en revient à son nid,

à tire-d'aile, lassé de son long voyage.

Ainsi l'âme qui dans le monde relatif et mortel des phénomènes a vécu,

s'en reviendra en elle-même,

Où elle s'endormira, libre de tout désir et de tout rêve

 

 

zafu

 

 

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