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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 05:10

Un Roi avait pour fils unique un jeune Prince courageux, habile et intelligent. Pour parfaire son apprentissage de la Vie, il l'envoya auprès d'un Vieux Sage.

"Eclaire-moi sur le Sentier de la Vie", demanda le Prince. « Mes paroles s'évanouiront comme les traces de tes pas dans le sable », répondit le Sage. « Cependant je veux bien te donner quelques indications. Sur ta route, tu trouveras trois portes. Lis les préceptes indiqués sur chacune d'entre elles. Un besoin irrésistible te poussera à les suivre. Ne cherche pas à t'en détourner, car tu serais condamné à revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne puis t'en dire plus. Tu dois éprouver tout cela dans ton cœur et dans ta chair. Va, maintenant. Suis cette route, droit devant toi. » Le Vieux Sage disparut et le Prince s'engagea sur le Chemin de la Vie.

Il se trouva bientôt face à une première porte sur laquelle on pouvait lire : "CHANGE LE MONDE". « C'était bien là mon intention », pensa le Prince, « car si certaines choses me plaisent dans ce monde, d'autres ne me conviennent pas ». Et il entama son premier combat. Son idéal, sa fougue et sa vigueur le poussèrent à se confronter au monde, à entreprendre, à conquérir, à modeler la réalité selon son désir. Il y trouva le plaisir et l'ivresse du conquérant, mais pas l'apaisement du cœur. Il réussit à changer certaines choses mais beaucoup d'autres lui résistèrent. Bien des années passèrent.

Un jour il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda : "Qu'as-tu appris sur le chemin ?"

"J'ai appris, répondit le Prince, à discerner ce qui est en mon pouvoir et ce qui m'échappe, ce qui dépend de moi et ce qui n'en dépend pas".
"C'est bien", dit le Vieil Homme. Utilise tes forces pour agir sur ce qui est en ton pouvoir. Oublie ce qui échappe à ton emprise." Et il disparut.

Peu après, le Prince se trouva face à une seconde porte. On pouvait y lire "CHANGE LES AUTRES" "C'était bien là mon intention, pensa-t-il. Les autres sont source de plaisir, de joie et de satisfaction mais aussi de douleur, d'amertume et de frustration." Et il s'insurgea contre tout ce qui pouvait le déranger ou lui déplaire chez ses semblables. Il chercha à infléchir leur caractère et à extirper leurs défauts. Ce fut là son deuxième combat. Bien des années passèrent.
Un jour, alors qu'il méditait sur l'utilité de ses tentatives de changer les autres, il croisa le Vieux Sage qui lui demanda : "Qu'as-tu appris sur le chemin ?"

"J'ai appris, répondit le Prince, que les autres ne sont pas la cause ou la source de mes joies et de mes peines, de mes satisfactions et de mes déboires. Ils n'en sont que le révélateur ou l'occasion. C'est en moi que prennent racine toutes ces choses."

"Tu as raison, dit le Sage. Par ce qu'ils réveillent en toi, les autres te révèlent à toi-même. Soit reconnaissant envers ceux qui font vibrer en toi joie et plaisir. Mais sois-le aussi envers ceux qui font naître en toi souffrance ou frustration, car à travers eux la Vie t'enseigne ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu dois encore parcourir." Et le Vieil Homme disparut.


Peu après, le Prince arriva devant une troisième porte où figuraient ces mots : "CHANGE-TOI TOI-MEME". "Si je suis moi-même la cause de mes problèmes, c'est bien ce qui me reste à faire," se dit-il. Et il entama son troisième combat. Il chercha à infléchir son caractère, à combattre ses imperfections, à supprimer ses défauts, à changer tout ce qui ne lui plaisait pas en lui, tout ce qui ne correspondait pas à son idéal.

Après bien des années de ce combat où il connut quelque succès mais aussi des échecs et des résistances, le Prince rencontra le Sage qui lui demanda : Qu'as-tu appris sur le chemin ?" "J'ai appris, répondit le Prince, qu'il y a en nous des choses qu'on peut améliorer, d'autres qui nous résistent et qu'on n'arrive pas à briser."

"C'est bien" dit le Sage.

"Oui, poursuivit le Prince, mais je commence à être las de ma battre contre tout, contre tous, contre moi-même. Cela ne finira-t-il jamais ? Quand trouverai-je le repos ? J'ai envie de cesser le combat, de renoncer, de tout abandonner, de lâcher prise."

"C'est justement ton prochain apprentissage, dit le Vieux Sage. Mais avant d'aller plus loin, retourne-toi et contemple le chemin parcouru." Et il disparut.

Regardant en arrière, le Prince vit dans le lointain la 3ème porte et s'aperçut qu'elle portait sur sa face arrière une inscription qui disait "ACCEPTE-TOI TOI-MEME."

Le Prince s'étonna de ne point avoir vu cette inscription lorsqu'il avait franchi la porte la première fois, dans l'autre sens. "Quand on combat on devient aveugle, se dit-il." Il vit aussi, gisant sur le sol, éparpillé autour de lui, tout ce qu'il avait rejeté et combattu en lui : ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites, tous ses vieux démons. Il apprit alors à les reconnaître, à les accepter, à les aimer. Il apprit à s'aimer lui-même sans plus se comparer, se juger, se blâmer.

Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda :"Qu'as-tu appris sur le chemin ?"

"J'ai appris, répondit le Prince, que détester ou refuser une partie de moi, c'est me condamner à ne jamais être en accord avec moi-même. J'ai appris à m'accepter moi-même, totalement, inconditionnellement."

 "C'est bien, dit le Vieil Homme, c'est la première Sagesse. Maintenant tu peux repasser la troisième porte."

A peine arrivé de l'autre côté, le Prince aperçut au loin la face arrière de la seconde porte et y lut : "ACCEPTE LES AUTRES". Tout autour de lui il reconnut les personnes qu'il avait côtoyées dans sa vie ; celles qu'il avait aimées comme celles qu'il avait détestées. Celles qu'il avait soutenues et celles qu'il avait combattues. Mais à sa grande surprise, il était maintenant incapable de voir leurs imperfections, leurs défauts, ce qui autrefois l'avait tellement gêné et contre quoi il s'était battu.

Il rencontra à nouveau le Vieux Sage. "Qu'as-tu appris sur le chemin ?"demanda ce dernier.

"J'ai appris, répondit le Prince, qu'en étant en accord avec moi-même, je n'avais plus rien à reprocher aux autres, plus rien à craindre d'eux. J'ai appris à accepter et à aimer les autres totalement, inconditionnellement."

"C'est bien" dit le Vieux Sage. C'est la seconde Sagesse. Tu peux franchir à nouveau la deuxième porte.

Arrivé de l'autre côté, le Prince aperçut la face arrière de la première porte et y lut "ACCEPTE LE MONDE". Curieux, se dit-il, que je n'aie pas vu cette inscription la première fois. Il regarda autour de lui et reconnut ce monde qu'il avait cherché à conquérir, à transformer, à changer. Il fut frappé par l'éclat et la beauté de toute chose. Par leur perfection. C'était pourtant le même monde qu'autrefois. Etait-ce le monde qui avait changé ou son regard ?

Il croisa le Vieux Sage qui lui demanda. "Qu'as-tu appris sur le chemin ?"

"J'ai appris, dit le Prince, que le monde est le miroir de mon âme. Que mon âme ne voit pas le monde, elle se voit dans le monde. Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai. Quand elle est accablée, le monde lui semble triste. Le monde, lui, n'est ni triste ni gai. Il est là ; il existe ; c'est tout. Ce n'était pas le monde qui me troublait, mais l'idée que je m'en faisais. J'ai appris à accepter sans le juger, totalement, inconditionnellement.

" C'est la troisième Sagesse, dit le Vieil Homme. Te voilà à présent en accord avec toi-même, avec les autres et avec le Monde." Un profond sentiment de paix, de sérénité, de plénitude envahit le Prince. Le Silence l'habita.

"Tu es prêt, maintenant, à franchir le dernier Seuil, dit le Vieux Sage, celui du passage du silence de la plénitude à la Plénitude du Silence"
Et le Vieil Homme disparut.


J'ai trouvé cette histoire spirituelle sur le site : http://sergecar.club.fr/contes/contes6.htm

D'autres histoires sur ce site et plein d'autres écrits philosophiques et spirituels intéressants...
Bonne journée, Emmanuel

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Publié par Emmanuel de Lussac - dans Histoires spirituelles - contes
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commentaires

valérie 11/11/2009 14:22


bonjour,

juste un mot "merci",
pour ce texte, sur lequel j'ai eu la chance de tomber,
dans un moment ou l'on se sent seule,
dans un méandre d'informations,
ou rien n' interpelle,
puis sans cris égards une petite lumière,
pour redonner chaleur, confiance, et regain d'energie,
à poursuivre sa route et à mieux la comprendre.
des écrits, permettant l'enrichissement d'un moment de répis,
que peu osent entr'ouvrir !

bonne continuation


Emmanuel de Lussac 11/11/2009 17:17


Bonjour Valérie. Merci pour votre passage, vos mots, votre merci. Heureux que vous ayez pu trouver ici de quoi vous ressourcer pour poursuivre votre route.
Bonne continuation à vous également,
Emmanuel


Sonam 10/12/2008 17:05

Les portes à franchir comme autant d'étapes, souvent douloureuses dans un sens...plus sereines heureusement dans l'autre!
Pour le tableau, effectivement la personne allongée pourrait être la tête d'un bouddha...Ce qui serait l'aboutissement de la sérénité!!!
Sonam

Emmanuel 11/12/2008 05:23


Bonjour Sonam.

Ce que tu dis me semble correspondre à mon expérience. Les étapes sont dans l'autre sens moins douloureuses. Quand on ne s'attache plus, ou pour un temps de plus en plus court, aux victoires ou aux
défaites considérant que ce qui nous arrive, bon heur ou mal heur, bien être ou mal être nous parle également. Lorque nous nous détachons du temps, du temps pris à accéder aux étapes suivantes, et
qu'instant après instant l'on se maintient dans notre chemin. Lorsqu'on décide de lâcher prise, comprenant qu'il ne s'agit pas de construire l'être mais de déconstruire les murs qui
l'emprisonnent, pour se laisser être (laisser l'être profond se découvrir) et laisser les autres êtres se découvrir à leur rythme. Confiance, abandon, lâcher-prise.

Dans le tableau, j'ai pensé également à la posture du bouddha couché, je m'y vois, j'y vois aussi une autre personne, j'y vois le bouddha en chacun de nous.
Cet état de pur abandon, ce paradis, n'est pas à atteindre dans la mort, c'est aujourd'hui qu'il faut l'atteindre, dans la Vie. Je vais publier un poème qui parle de cela que j'ai lu dans "Etre
heureux n'est pas nécessairement confortable" de Thomas d'Ansembourg.

Bonne journée, Emmanuel.


yog 09/12/2008 23:51

Très très belle histoire. Je la connaissais en version plus courte. Les portes....tout un symbole, de l'autre côté tout est différent.
Et si tu parlais de ce tableau. Pourquoi ce choix?
Étrange paysage,j'aime beaucoup les couleurs.
Bonne journée!

Emmanuel 10/12/2008 05:57


Bonjour Madame Yog, comme je le disais à Gazou j'aime les portes.Dire aussi qu'il y a quelques semaines, mois, je comprenais au travers d'un rêve qu'une porte que l'on avait entrouverte en
matière de découverte de soi, sur notre chemin intérieur, ne pouvait se refermer.
Aujourd'hui je comprends mieux encore que si l'on ne peut refermer ces portes on peut les retraverser et comprendre différemment, plus subtilement, plus profondément ce que l'on pensait avoir
découvert en les poussant et/ou en passant le seuil de ces portes. Comprendre sans doute un jour que ces portes, pas plus que les murs qui les accueillent n'existent.

Ce tableau fut d'abord un coup de coeur global sans pensées. J'ai mis depuis des mots dessus pour comprendre et partager avec l'esprit ce que j'y vois.

C'est un paysage serein, pour moi un lieu d'après vie, ou d'au-delà de la vie, peut-être la Vie finalement.
Je parle de ce lieu dans un de mes anciens poèmes : http://symphoniealchimique.over-blog.fr/article-22420590.html.

La rivière est eau de la connaissance du monde subtil (intérieur, extérieur). La montagne en arrière plan dessine le cou et la tête d'un personnage assoupi, ou mort, en tout cas mort à lui même
(ego est mort).

Il est dans cette nature paisible, au premier plan des arches, seules constructions de l'homme de ce tableau, si ce n'est le tableau lui-même, constructions de l'esprit. Un chemin les
surplombe et les abandonne, se finit lui-même, disparaît, ayant atteint ce paradis.

Au premier plan on s'aperçoit qu'il est un précipice, une falaise. La chute peut-être mortelle, elle est aussi ce qui nous permet d'accéder -lorsque confiant on se laisse tomber- à ce paradis. Même
si spatialement, dans cette représentation, cet eden est en haut, le vide en bas. Mais en ce lieu, cet état d'être en fait, il n'est ni haut, ni bas, juste paix de l'être, silence de l'esprit.
Juste le vent qui poussent les nuages, l'eau de la rivière s'écoulant lentement, léchant et érodant tendrement la terre et la roche...

C'est curieux en terme de couleurs, longtemps le vert, le bleu ne furent pas des couleurs aimées, je leur préférais le jaune, l'orangé, le rouge, et puis cet été, j'ai beaucoup aimé le bleu, et le
vert me fait aujourd'hui de l'oeil. Les voici ici réunies. Je crois d'ailleurs aujourd'hui que toutes les couleurs me font de l'oeil, dans le sens où je n'ai plus d'aversion pour aucune.
Les couleurs sont liées à notre histoire. et quand cette histoire disparaît dans l'instant privilégié, les couleurs demeurent pour ce qu'elles sont.

Voilà ce que je peux ici te dire de ce que ce tableau m'évoque...

Bonne journée, Emmanuel


gazou 09/12/2008 20:56

c'est un très beau conte très bien illustré et plein de sagesse,merci beaucoup

Emmanuel 10/12/2008 04:49


Bonjour Gazou, heureux que ce conte te plaise comme il me plait. Découvrir après s'être battu contre tout, tous soi-même qu'il "suffit" de changer de regard sur soi et le monde et d'abandonner le
combat pour être pleinement et sereinement voila qui me cause depuis quelques mois...
J'aime bien les portes. Un vieux projet était de photographier les portes des immeubles, maisons de Lyon que je trouve belles, ...un jour peut-être...
Bonne journée, Emmanuel.


carambaole:0114: 09/12/2008 07:45

Hello ,une visite matinale sur ton blog

Emmanuel 09/12/2008 16:54



Merci pour ta visite Carambaolé. Bonne soirée.



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Tout comme l'aigle s'en revient à son nid,

à tire-d'aile, lassé de son long voyage.

Ainsi l'âme qui dans le monde relatif et mortel des phénomènes a vécu,

s'en reviendra en elle-même,

Où elle s'endormira, libre de tout désir et de tout rêve

 

 

zafu

 

 

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