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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 04:46
Arnaud Desjardins : Approches de la méditation
(Editions de La Table Ronde - Paris, 1989)
Extraits et résumés


Table des matières

Première partie : Vue d'ensemble

Chapitre 1 : Concentration et méditation
(1.1. : pages 13 à 23)

(Page 13)

[...]

"[Le maître d'Arnaud Desjardins], Swâmi Prajnanpad, considérait qu'on ne pouvait efficacement méditer qu'après avoir érodé dans l'existence un grand nombre de ses difficultés ou obstacles intérieurs."

[Il existe différents types de méditations] : certaines sont tout de suite accessibles aux débutants et d'autres [nécessitent d'avoir] déjà progressé sur le chemin de la simplification et du dépouillement intérieurs.


[...]

(Page 14)

"La méditation consiste avant tout à ne pas faire, tout en étant présent à soi-même, vigilant, intensément éveillé.
Pour comprendre l'essence de la méditation, il faut se souvenir de cette affirmation que nous sommes déjà ce que nous aspirons à être mais que nous n'en sommes pas conscients."

[...]

"Alors que dans la vie courante toutes nos tentatives visent toujours à mettre en oeuvre des causes pour produire certains effets, dans la méditation il n'y a pas à produire, il y a à découvrir."

[...]










"Il faut faire une distinction entre concentration et méditation et bien distinguer, les exercices préparatoires de la méditation elle-même.
Dans [ces] exercices préparatoires [...] il y a quelque chose à "faire" et à cela nous sommes tous habitués."

[...] "La forme supérieure de la méditation [:]

Elle réprésente un mouvement inverse du mouvement habituel de l'attention aussi bien physiquement, émotionnellement que mentalement, un mouvement qui ne va plus vers la surface ou vers la périphérie, mais au contraire de la périphérie vers le centre et de la surface vers la profondeur : il s'agit d'une inversion de notre intérêt, de notre possibilité de conscience, pour chercher à ressentir cette réalité que nous sommes déjà, recouverte par les perceptions et conceptions habituelles dans le monde du temps, de l'espace et de la causalité.

La méditation est donc un non-agir, un silence, une immobilité intérieure, un vide qui ne nous sont pas normalement accessibles. [...]

(Page 15)


[Car ] "dès qu'on tente ce silence, cette prise de conscience très pure de l'essence de notre être, [...] on se trouve harcelé par des pulsions, des colorations émotionnelles, et, plus particulièrement, les associations d'idées, les pensées diverses."
[...]
"Normalement l'être humain est capable d'immobilité physique mais incapable d'immobilité mentale."

(Page 16)


[C'est pourquoi] "Il existe [...] des exercices considérés comme préparatoires
, qui sont en fait des pratiques d'entraînement à l'attention, à ne pas confondre avec les sommets de la méditation.
Ces exercices [...] se rangent [...] sous le vocable de concentration, en sanskrit : dharana"

[...]"Il est proposé des supports, des points d'appui auxquels on essaie d'accrocher son attention. On appelle ekagrata en sanskrit l'attention centrée sur un seul point. Vous entendrez aussi en anglais les mots focus, qu'on utilise pour la mise au point en photographie, et one-pointed mind, la pensée non plus dispersée à droite et à gauche mais immobilisée sur un point."

[...]"La concentration [peut se faire]sur un objet extérieur à [soi, ou] [...] sur une réalité intérieure à [soi].

[Exemples d'objets extérieurs :]
une divinité [(Christ, Krishna)] une forme [(la croix)].[...]

(Page 17)

[...] "Avec l'entraînement on peut obtenir devant les yeux intérieurs une image aussi précise que que si l'on regardait une peinture, une idole comme disent les hindous sans la moindre connotation péjorative.
Un des meilleurs supports de concentration [ extérieurs...] : la flamme d'une bougie".[...]

"Les points d'appuis intérieurs : [...] le va et vient naturel, spontanné de la respiration ou tel ou tel centre dans l'organisme, tel ou tel chakra [...] ou encore la sensation du corps à travers le relâchement musculaire profond.

Nous tournons notre intérêt vers une seule réalité et nous essayons de couper à la source dès qu'elles se présentent les pensées annexes, non voulues [...].

[La sensation du corps à travers le relâchement musculaire et le va et vient naturel, spontanné de la respiration ont les faveurs d'Arnaud Desjardins.] "l'attention se trouve [ainsi] intériorisée au lieu d'être fixée sur quelque chose d'autre que nous à quoi nous cherchons à nous identifier. [Cela nous permet de] ressentir plutôt que de penser"

(page 18)

[Autre point d'appui intérieur :]
"le mouvement de l'énergie en nous : en même temps qu'on expire, on perçoit une énergie fine (prana) qui se répand dans tout l'organisme et on peut même se représenter qu'elle se concentre particulièrement dans telle ou telle partie du corps ; normalement, c'est la base de notre structure, le bassin, le ventre (hara) qui est le centre de gravité physique naturel."

[...] "Certains jour la concentration s'avère aisée, certains jours impossible. Ceci dit, comme tout ce à quoi on s'exerce, on progresse."

[Mais Arnaud Desjardins nous met en garde sur cette idée de progrès :] la concentration ne remet pas en question l'état de conscience ordinaire. Elle donne simplement une perception de soi plus calme, plus stable, un point d'appui pour se retrouver soi-même, une aide précieuse pour vivre moins emporté par les émotions.

(page 19)

[...]
Mais dans ces premières tentatives de concentration, il y a moi (mon attention) et, un objet, extérieur ou intérieur. Il subsiste une dualité [...]

[A. Desjardins nous précise ce qu'il entend par le terme] d"identification"
. "On dit que le méditant "s'identifie" à l'objet de sa méditation. Et cette "identification" est présentée comme le but recherché entre tous.[...]. [Or pour A. Desjardins c'est ]au contraire ce à quoi nous tentons d'échapper. Tout notre effort tend  tend à nous désidentifier et voici qu'on nous propose l'identification à l'objet de la méditation comme le beau du beau. Car il est possible de se sentir devenir ce sur quoi on concentre suffisamment longtemps et suffisamment souvent son attention."

Il nous rapporte à ce sujet une histoire de l'Inde, où un jeune garçon qui s'est tellement identifié à sa vache, objet sur lequel son maître l'avait invité à se concentrer (les autres thèmes de concentration n'ayant pas fonctionné), n'arrive plus à passer la porte du fait de ses cornes pour rejoindre son maître.

(page 20)

Cette histoire a pour objectif de nous amener à comprendre la distinction qu'il y a lieu de faire entre "identification" et "identité".

Le maître d'A. Desjardins disait : "Dans chaque asile psychyatrique un certain nombre de malades mentaux se prennent pour Dieu et personne n'aurait l'idée de les considérer comme des sages ou des êtres réalisés."

[... A. Desjardins poursuit : ]
"L'identification c'est vous prendre pour ce que vous n'êtes pas."

"Découvrir votre réelle identité c'est découvrir ce que vous êtes, foncièrement essentiellement, intrinsèquement, ce qui ne peut donc en aucune manière vous être enlevé ou être détruit mais simplement recouvert, comme le silence est recouvert par les bruits divers.
L'identité correspond à ce que vous êtes réellement, ce qui demeure toujours identique à soi-même, qui échappe aux changements, au devenir, aux contradictions -votre propre Soi, indépendant de toutes les catégories de fonctionnements psychiques. Il s'agit de la découverte de notre réalité essentielle qui est aussi la réalité essentielle.

Et la communion, la non-dualité, "être un avec" [...] sont tout à fait autre chose que ce qu'on entend communément par l'identification à l'objet de la méditation."

(page 21)

[...]
[A. Desjardins nous invite à nous méfier] "des méditations dualistes sur un objet autre que [nous]. Elles ne peuvent être que préparatoires et il vaut mieux  choisir un objet intérieur, comme la sensation du corps ou le mouvement de la respiration, parce qu'au moins [nous intériorisons notre] prise de conscience et [nous unifions] la tête et le corps sous le même "joug".
Donc la méditation-et non plus la concentration- est au contraire un non-agir : juste être. Et pour cela, il faudrait ne plus penser, demeurer établi dans le silence, ce qui ne se révèle pas facile. Et c'est pourtant, dès le départ, ce que vous pouvez au moins concevoir et ce que vous pouvez commencez à chercher, en sachant qu'il y aura beaucoup d'obstacles et que ceux-ci ne doivent pas vous décourager. Le Chemin, tout le Chemin en un sens, peut-être considéré comme la levée des obstacles à la véritable méditation."

(page 22)

[...]
[Pour A. Desjardins] la forme la plus juste de la méditation serait [...] de rechercher simplement l'immobilité et le silence intérieurs.

[Il s'agit] non pas à décider de ne plus avoir, au moins pendant une heure, de distractions et d'associations d'idées mais au contraire à les accepter et à voir ce jeu des pensées, puisque vous ne pouvez en fait les éviter. Il va donc falloir composer avec elles.

Par exemple, ne vous y trompez pas, l'immobilité du zazen recouvre pendant longtemps des tempêtes intérieures.
[...]

Le zazen c'est avant tout la posture [...] :

(page 23)

"les genoux appuyés sur le sol, la tenue de la colonne vertébrale, la nuque ferme, la position des mains [...] avec la main gauche sur la main droite, les deux pouces qui se touchent, ni baissés ni relevés, juste droits. Je ne bouge plus, quoi qu'il arrive et je ne laisse pas non plus les distractions submerger la conscience de la posture : ni m'affaisser, ni agiter les doigts.
Et, à l'intérieur de cette immobilité psychique, le psychisme peut se déchaîner : des tourbillons de pensées, de peurs, de désirs, des angoisses, des envies irresistibles de bouger. La règle du jeu est simple : " Je ne bouge pas, je me concentre sur la posture et en même temps je vis ces tempêtes"."
[...]
"Vous laissez faire, on ne s'identifie pas, on est dans ce que l'Inde appelle traditionnellement la position du témoin (sakshin). Et peu à peu vous vous appercevrez que ces tempêtes s'apaisent, qu'il arrive que pendant cinq, dix minutes, il n'y ait plus une pensée, ou simplement une pensée qui passe dans le cerveau et disparaît, et vous commencez à expérimenter le substrat ou le fondement, c'est-à-dire la conscience pure."
[...]
"On peut considérer la consience pure comme l'océan et toutes les pensées, pulsions, volitions, formes de conscience [...] comme des vagues. Ces vagues naissent de cette conscience et elles retournent à cette conscience. Généralement nous n'avons que l'expérience des vagues, c'est-à-dire des formes de conscience et non l'expérience de l'océan, de la conscience infinie."



Résumé et extraits d'Approches de la méditation d' Arnaud Desjardins .- Editions de La Table Ronde, Paris, 1989.

Table des matières

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Publié par Emmanuel de Lussac - dans Arnaud Desjardins
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commentaires

sonam 14/10/2009 09:05


Ah Emmanuel est revenu...en force avec la concentration, et cela demande un sacré entrainement! Bises
Sonam


Emmanuel de Lussac 15/10/2009 05:33


Bonjour Sonam. Oui un petit pas de plus vers ma compréhension de la méditation dans cette lecture ouverte d'"Approches de la méditation" d'Arnaud Desjardins. 
Je me rends compte que mes méditations ne sont jusqu'à présent qu'exercices de concentration.
Je t'embrasse, Emmanuel.


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Tout comme l'aigle s'en revient à son nid,

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Ainsi l'âme qui dans le monde relatif et mortel des phénomènes a vécu,

s'en reviendra en elle-même,

Où elle s'endormira, libre de tout désir et de tout rêve

 

 

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