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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 03:52
Arnaud Desjardins : Approches de la méditation
(Editions de La Table Ronde - Paris, 1989)
Extraits et résumés


DEUXIEME PARTIE : TETE, CORPS ET COEUR

Chapitre 5 : Le hara et le coeur

Texte intégral du chapitre 5 en deux parties :

http://maison-ema.over-blog.fr/pages/Le_hara_et_le_coeur_1_A_Desjardins_Approches_de_la_meditation-2350305.html

http://maison-ema.over-blog.fr/pages/Le_hara_et_le_coeur_2_A_Desjardins_Approches_de_la_meditation-2350308.html

[5.2 : pages 148 à 159]

 

[...]

 

Si nous prenons un peu conscience que nous sommes, si nous sentons un peu ce que représentent ces mots : « Je suis », avant de découvrir la conscience libre du corps, nous commençons d’abord par prendre conscience de nous comme unis à un corps physique.

Et ce corps physique comprend, en effet, un certain nombre de localisations. Même sans avoir lu d’ouvrages sur le yoga, nous faisons bien une différence de valeur entre nos doigts de pieds par exemple et ce qui se passe à l’intérieur de notre tronc, au creux de l’estomac ou dans la poitrine.

Nous comprenons bien qu’il est difficile de nous amputer de notre thorax ou de nous amputer de notre colonne vertébrale tout en nous maintenant vivants alors que nous pouvons perdre un bras ou une jambe sans que spirituellement nous soyons affectés le moins du monde.

Vous savez instinctivement qu’il existe une hiérarchie de valeurs et que si vous concentrez votre attention dans vos doigts de pieds ou dans votre main gauche, ce n’est pas la même chose que si vous la concentrez dans le ventre, la colonne vertébrale, la gorge ou la tête.

 

Généralement, pour l’homme ordinaire, même pour celui qui a pratiqué beaucoup d’asanas et de pranayama, ces chakras du yoga, loin d’être ouverts, déployés et de se révéler comme des foyers de rayonnement de l’énergie, sont au contraire des lieux de blocages où se manifestent physiquement les problèmes non résolus et les émotions.

C’est ainsi que lorsque vous recevez un choc et que vous vous sentez affectés, vous avez la gorge serrée, l’impression d’un étau dans la poitrine (ce qui est d’ailleurs le sens étymologique du mot angoisse) ou même un besoin intense d’aller d’urgence aux toilettes pour uriner ou déféquer.

Ces merveilleux chakras du yoga (à en croire la littérature yogique), nous en avons surtout l’expérience, nous, en tant que sièges privilégiés de nos émotions, de nos troubles et de notre vulnérabilité. Et quel pouvoir avez-vous sur cette totalité que représente votre être psychosomatique ou physicomental?


Si nous simplifions l’approche d’une connaissance concrète de nous-mêmes, nous voyons qu’il existe en fait trois niveaux de fonctionnement.

 

D’abord, la tête, la pensée. Tout le monde peut en faire l’expérience même s’il n’a pas étudié la physiologie du cerveau. Nous constatons que la pensée se situe bien dans le crâne. Si nous pensons trop, nous fronçons les sourcils, la tête est contractée.

Nous percevons aussi que les émotions se situent dans le cœur ou dans le thorax ainsi que les sentiments les plus purs.

Et nous sentons enfin qu’il y a en nous une certaine vie physique que nous partageons avec tous les animaux, pas seulement les vertébrés et les mammifères supérieurs, que nous partageons même avec les plantes qui vivent, croissent et meurent, une vitalité qui n’est ni émotionnelle ni intellectuelle et dont le centre n’est ni dans la tête ni dans le cœur.

 

Et justement, il existe en nous un centre de gravité bien méconnu dans le monde moderne, le célèbre hara du zen et des arts martiaux. C’est le mérite du comte Karlfried von Dürckheim d’avoir révélé l’importance de ce hara au grand public européen et pas seulement à ceux qui ont pratiqué le zazen dans les monastères japonais. Il existe, au-dessous de la ceinture, dans le bas-ventre – car ce centre ne correspond pas à l’ombilic – un centre vital dont l’importance est fondamentale. [A trois doigts en dessous du nombril]

 

[...]


Quand j’ai lu les premiers livres du comte Dürckheim, avant 1959, donc avant de me rendre en Inde pour la première fois, j’étudiais encore dans l’enseignement Gurdjieff et j’avais déjà lu Ramana Maharshi en anglais. J’ai d’abord été très troublé. Ramana Maharshi a insisté toute sa vie sur le fait que le centre fondamental de l’être humain, le « cœur », se trouve dans la poitrine, du côté droit. Il s’agit du point où nous nous frappons la poitrine pour nous désigner nous-mêmes. Personne n’a jamais dit : « Qui, moi? » en désignant son ventre. Nous disons : « moi » avec ce geste instinctif, consistant à toucher des doigts la moitié droite du thorax, que j’ai observé avec grand intérêt après avoir lu le Maharshi, même chez des enfants qui commencent très vite à se désigner eux-mêmes de cette manière.

 

Je ne sais qui avait fait remarquer à Ramana Maharshi que dans l’Ancien Testament (Livre des Proverbes), il est écrit : « Les insensés ont le cœur à gauche et les sages ont le cœur à droite. » Le Maharshi a abondamment cité ce passage pendant ses cinquante ans de règne spirituel, précisant que le cœur physique, le muscle cardiaque, ne se confondait pas avec ce qu’on appelle en sanscrit hridaya, qui est pourtant le même mot. Et dans la plupart des langues du monde, on utilise le mot cœur dans un grand nombre d’acceptions, y compris la plus haute. Ainsi avons-nous élaboré, nous Occidentaux, tardivement d’ailleurs, une théologie du Sacré-Cœur de Jésus. Et nous connaissons la « prière du cœur » de l’hésychasme.

 

Donc le Maharshi nous enseigne que le centre spirituel de l’homme est situé dans le cœur, que l’important est la résorption dans le cœur. Et les disciples du Maharshi, ceux qui ont vécu dix – ou trente – ans à Tiruvanamalaï du vivant de celui-ci et qui, quand je les ai connus, continuaient tous les jours à méditer, à pratiquer la « self-inquiry », la recherche du Soi, dans le hall où vivait Bhagawan, se concentrent dans ce lieu à droite dans la poitrine avec la conviction qu’ils pourront ainsi découvrir la source ultime de la Conscience d’où naissent ensuite toutes les pensées, y compris la pensée fondamentale : « moi ».

 

Les Upanishads témoignent également que si nous dépassons la conscience de l’ego, la conscience soumise à la limitation, c’est par le cœur que nous accédons à la conscience infinie, la conscience du brahman. L’expression « la caverne du cœur » (hridaya guhâ) revient dans plusieurs versets. Et voilà que le livre « Hara » du comte Dürckheim, que vous trouvez si intéressant, paraît affirmer que le centre de gravité de l’homme se trouve dans le bas-ventre. Ne seriez-vous pas déroutés si vous voyiez coup sur coup sur une route deux poteaux indiquant la même ville dans deux directions différentes?


Personnellement, après avoir pratiqué la descente intérieure dans ce hara, je me suis rendu en Inde, j’ai séjourné à Tiruvanamalaï où la force du message du Maharshi m’a subjugué et j’ai abandonné pendant quelque temps toute concentration dans le bassin. Ensuite, j’ai constaté que mes progrès s’avéraient insatisfaisants, que je demeurais bien faible et vulnérable, et je me suis réintéressé à toute l’œuvre de Graf Dürckheim. Je l’ai même rencontré personnellement et j’ai établi avec lui certains liens d’amitié, si j’ose employer ce terme en ce qui concerne un homme que j’ai toujours considéré comme supérieur à moi ne serait-ce que par l’âge et l’ancienneté sur le chemin.

*

* *

Pour bâtir cette structure intérieure, vous trouverez profit à accepter de vous ressentir d’abord comme un ego – moi par rapport au non-moi – et à ne pas chercher d’emblée, même si la fibre métaphysique est vibrante en vous, ce qui transcende l’ego. Pour accéder à l’infini, partez du début. Et il est indispensable que vous acquériez une certaine force, un certain ancrage en vous-mêmes. Le point d’appui du corps est nécessaire même si cette conscience du corps doit un jour être transcendée. Ces prémisses dépendent de votre état d’esprit. Si vous êtes ouverts à l’idée même du dépassement de l’ego par l’effacement de l’affirmation individuelle, votre approche de la phase préparatoire du chemin ne sera pas la même que si vous n’avez rien entrevu de l’impersonnel et si c’est votre égocentrisme qui mène le jeu.

 

La concentration dans le hara peut vous permettre de gagner une force précieuse pour la vie ordinaire, sans que ce soit un empêchement à dépasser ensuite l’ego. Elle vous donnera un moi structuré mais pas si affirmé que vous en soyez prisonniers à tout jamais. Il faut commencer par apprendre à lire pour faire des études supérieures et il faut commencer par le commencement sur le chemin spirituel.


Pouvez-vous prendre appui sur votre tête et sur vos pensées? Non. Quand on est tant soit peu ému, on ne contrôle plus ses pensées. L’émotion vous impose certaines chaînes de pensées. Et si vous essayez de faire silence pour méditer, vous voyez immédiatement que toutes sortes d’associations d’idées vous harcèlent. Votre pouvoir sur vos pensées devient pratiquement inexistant dès qu’il s’agit de l’exercer. Oh! Quand tout va bien, que vous êtes calmes, vous pouvez à peu près diriger vos pensées. Mais quand vous êtes affectés – et pendant des années vous le serez encore – vous ne pouvez même plus vous concentrer sur la lettre que vous tentez d’écrire ou le livre que vous essayez de lire. Vos pensées vous emportent dans le sens de l’émotion du moment.

Certains soirs, on ne peut pas s’endormir parce que des pensées tournent et tournent encore dans notre tête, soit des pensées très enthousiasmantes ou excitantes, si nous prévoyons pour le lendemain un rendez-vous professionnel décisif ou un rendez-vous d’amour longtemps attendu, soit des pensées douloureuses, pénibles dont nous nous passerions volontiers.

 

Dans les deux cas, ces pensées ont pouvoir sur vous. Les pensées, vous en avez tous l’expérience, se succèdent d’elles-mêmes sans que vous y puissiez grand-chose. Plus tard, plus tard seulement, vous aurez le pouvoir d’arrêter les pensées comme vous pouvez arrêter un magnétophone en pressant un simple bouton. Mais ce sera le fruit d’une longue ascèse bien menée.


Quelle confiance pouvez-vous faire à votre cœur alors qu’il suffit d’une mauvaise nouvelle, d’une parole blessante, d’une situation qui vous déroute, pour que celui-ci vous trahisse, c’est-à-dire que vous ressentiez une émotion? Dans cette instabilité, cette dépendance à l’égard des chocs extérieurs, donc cette vulnérabilité et cette faiblesse, sur quoi pouvez-vous un peu compter?


Sur votre corps physique, même si ce corps change et ne cesse pas de changer : le vieillissement est progressif et inexorable. Même si notre corps physique n’a pas non plus de fixité, pour les besoins de la sadhana il change moins que les émotions si instables et se remplaçant les unes les autres, ou que les pensées également fluctuantes et se succédant sans répit. Notre corps « grossier » a une permanence au moins apparente que n’ont pas notre vie émotionnelle ou notre agitation mentale.

 

Même si vous êtes imprégnés d’idées sur la Conscience libre du corps physique, la non-identification au corps physique, l’affirmation védantique fondamentale « je ne suis pas le corps mortel, je suis l’atman », vous avez intérêt à vous appuyer sur ce corps physique pour progresser dans la méditation comme dans le courant de l’existence.


Bien sûr, si nous sommes le corps physique, nous mourons quand meurt le corps physique et tout enseignement spirituel se trouve remis en cause. Bien sûr, l’enseignement ultime, c’est la découverte de la Conscience pure par rapport à laquelle l’existence ou la non-existence du corps physique s’avère relative. Mais vous ne pouvez pas bondir de l’anormal au supranormal. Il faut d’abord être harmonieusement normal. Et normal, cela veut dire peu dépendant.

Certes, vous distinguerez encore ce qui vous rend heureux et ce qui vous rend malheureux, ce que vous voulez et ce que vous craignez, mais dans des limites réduites, sans cette fragilité et cette vulnérabilité de plus en plus répandues même chez des êtres qui font bonne figure dans le monde.

 

Et n’enviez pas non plus ceux dont la force est réelle, qui peuvent encaisser des coups très durs, mais n’ont pas la possibilité de progresser plus loin spirituellement. Je ne peux pas considérer que le sommet des possibilités humaines soit manifesté par exemple en la personne du général de Gaulle. Ceux qui ont bien connu de Gaulle (ce qui n’est pas mon cas, mais j’en ai approché) témoignent que la force de caractère, le courage, la fermeté de cet homme dans les conditions les plus difficiles, étaient stupéfiants. Mais Ramana Maharshi est un type d’homme qui me fait plus envie que le général de Gaulle.

Le but n’est pas uniquement d’atteindre cette structure, cette force, cette absence totale de peur qui paraissent être la prérogative de certains héros plus ou moins célèbres. Les héros ne sont pas des sages.

 

Mais de là à justifier l’impuissance au nom du dépassement de l’ego, il y a une différence. Et c’est un mensonge pur et simple qui n’est que trop répandu : excuser son indigence à partir de quelques sentences métaphysiques ou quelques paroles évangéliques.


On a d’ailleurs reproché au christianisme d’être, paraît-il, une religion de faiblesse, pour les doux, les humbles, ceux qui tendent la joue gauche quand on les a frappés sur la joue droite. Il est vain de s’appuyer sur des arguments védantiques et de n’avoir que l’effacement de l’ego à la bouche, alors qu’il n’y a même pas d’ego cohérent à effacer, seulement une foule anarchique de désirs et de peurs contradictoires.

Donc il vous faut un point d’appui pour être moins emportés et ce point d’appui, vous pouvez le trouver dans le corps, le corps physique et pas au niveau intellectuel, qui a pris beaucoup trop d’importance dans le monde d’aujourd’hui, ni au niveau du cœur où les sentiments profonds sont recouverts par des émotions incohérentes et infantiles.

 

Vous pouvez, nous l’avons vu, vous exercer à une conscience globale du corps et essayer de prendre appui sur une perception totale de votre présence physique. [...]

Cependant, l’expérience a montré qu’il était plus aisé de concentrer son attention sur une partie du corps seulement et le lieu préférentiel de cette concentration, c’est le hara des Japonais.

 

Il existe des exercices divers qui peuvent être poussés très loin mais l’important c’est d’en admettre au moins le principe. Je vous renvoie aux livres célèbres de Karlfried von Dürckheim sur ce thème.


Lors de l’expiration, vous éjectez l’air vicié, le gaz carbonique inutilisable. En même temps que vous êtes conscients de ce rejet, vous pouvez sentir que se répand en vous une certaine énergie que vous avez absorbée lors de l’inspiration, énergie appelée ki au Japon et prana en Inde. Et il est possible, lors de l’expiration, de concentrer son attention dans le bas-ventre et de sentir que cette énergie, par des canaux autres que ceux que nous découvrons sous le scalpel de la dissection, s’emmagasine dans ce bas-ventre.

 

Ce hara ou kikai tanden est une part de nous essentielle, gravement méconnue des Occidentaux modernes. [Laissez un peu de côté le cerveau et le coeur].  Et acceptez de donner une grande valeur à ce hara. C’est certainement un choc culturel d’accepter que les entrailles et tout ce qui est « au-dessous de la ceinture » acquièrent pour nous une grande noblesse. Il faut bien dire que, dans une population suralimentée, le ventre prend des proportions volumineuses qui n’ont rien à voir avec le hara! Dépassez ces réticences culturelles et ouvrez-vous à une idée qui a été la nôtre aussi en Occident : « Avoir du coeur au ventre ».


Dans les dernières éditions du livre « Hara » se trouve un certain nombre de photographies de sculptures et de peintures, y compris occidentales, qui donnent manifestement la prééminence au ventre. Certaines sculptures romanes et gothiques, y compris des représentations du Christ lui-même, paraissent centrées sur l’abdomen. En histoire de l’art on utilise même couramment l’expression « ventre gothique ».

Cette proéminence et prééminence du hara n’a rien à voir avec l’obésité du gagnant des concours consistant à boire le plus de demis de bière ou à avaler le maximum de saucisses en un quart d’heure! Ne confondons pas la lourdeur d’un ventre, foyer de passivité « tamasique », avec la vie intense du ventre de celui qui s’est exercé à la pratique du hara.


Même sans avoir médité pendant des années dans un monastère zen, mais avec un peu d’exercice, vous pouvez, vous aussi, développer cette force. Il est seulement nécessaire de pratiquer ces exercices avec prudence, justement parce qu’ils sont efficaces. Si notre dernière lubie c’est le hara et si, dès que nous avons un instant, nous nous concentrons dans le ventre, nous risquons, comme chaque fois qu’on fait quelque chose avec excès, de créer certaines perturbations. Cela m’est d’ailleurs arrivé au Japon, où je mettais les bouchées doubles et où j’ai dû tempérer mon enthousiasme pour revenir à une pratique plus sobre.


Ce qui s’accomplit dans ce centre de gravité du ventre, que nous connaissons si peu en Europe, est tout à fait curieux et inattendu. Par exemple on peut acquérir une tonicité de la paroi abdominale sans avoir pratiqué beaucoup la musculation des « abdos ». Certes, celui qui, couché sur le dos, lève les deux jambes tendues avec des semelles de plomb aux pieds, arrivera à développer la musculature du ventre. Mais sans faire ce genre d’exercices de pure musculation, nous pouvons, par cette concentration de l’énergie dans le hara, acquérir une grande fermeté de l’abdomen. Je pourrais, bien que je ne sois en rien un spécialiste des arts martiaux, apporter mon propre témoignage sur cette possibilité.


D’autre part, il y a moyen, même pour un débutant, de ressentir une accumulation d’énergie. Or, ce qui est souvent douloureux pour tel ou telle d’entre vous, c’est de vous sentir si faible et démuni que vous n’existez plus, comme une plume sur laquelle la vie n’a qu’à souffler pour la balayer. Vous pouvez assez vite sentir cette force en vous. Il suffit de respirer normalement et, à l’expiration, de tourner toute l’attention vers le bas-ventre en vous représentant qu’une énergie qui a pénétré en vous à l’inspiration, se répand maintenant dans l’organisme et se concentre dans le ventre. Ce n’est pas l’énergie la plus raffinée avec laquelle nous puissions fonctionner et il y a des énergies plus subtiles, mais cette pratique est quand même la base de l’édifice.


[...]


Si vous vous exercez plus avant, vous pouvez quelque peu pousser sur la paroi abdominale basse, comme lorsqu’on s’est accroupi dans les champs pour se soulager surtout si l’on est constipé. Per-sonne n’a jamais « poussé » à l’inspiration. Essayez de pousser pour éliminer les excréments en inspirant, c’est impossible. Vous ne pouvez pousser qu’en expirant. Vous poussez donc, mais plutôt vers l’avant, ce qui amène une légère proéminence du bas-ventre et un durcissement de la paroi abdominale.


Il existe donc un point à trouver en vous, qui se situe à peu près à mi-chemin entre le haut du pubis et le nombril. Si vous trouvez ce centre (c’est assez aisé, il n’y a pas à tâtonner pendant des jours et des jours), en expirant vous concentrez l’énergie dans le ventre, c’est la première étape; au bout de quelque temps, lorsque vous y arrivez facilement, vous poussez un peu à l’expiration. Et ce centre de gravité avec lequel vous serez familiarisés, dont vous aurez aisément la sensation, deviendra votre meilleur ami, un point d’appui qui ne vous trahira pas.

Dans ce centre vital, il n’y a pas de pensées inutiles, il n’y a pas ce fatras de l’intellect et du mental coupés de la vie; il n’y a pas non plus ces émotions infantiles par lesquelles vous vous laissez si vite emporter. Vous y trouverez au contraire une puissance stable qui vous dépasse tout en étant vôtre et qui se révèle facilement canalisable pour ne pas cristalliser l’ego sur lui-même. Elle ne vous conduira pas dans l’impasse d’une force de caractère et d’une résistance aux chocs qui soient en même temps une prison. L’avenir reste disponible.



Résumé et extraits d'Approches de la méditation d' Arnaud Desjardins .- Editions de La Table Ronde, Paris, 1989.
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Publié par Emmanuel de Lussac - dans Arnaud Desjardins
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Tout comme l'aigle s'en revient à son nid,

à tire-d'aile, lassé de son long voyage.

Ainsi l'âme qui dans le monde relatif et mortel des phénomènes a vécu,

s'en reviendra en elle-même,

Où elle s'endormira, libre de tout désir et de tout rêve

 

 

zafu

 

 

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