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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 05:16
Arnaud Desjardins : Approches de la méditation
(Editions de La Table Ronde - Paris, 1989)
Extraits et résumés


TROISIEME PARTIE : LA PRATIQUE

Chapitre 6 : Litanies pour un retour à soi-même

[6.3 : pages 184 à 188]


Cherchez une conscience totale de vous, de toute votre présence.
Ne soyez plus situé dans la tête, vivez avec votre corps entier. Ne pensez plus, ressentez. Retournez à la conscience physique, la sensation, la perception de vous-même ici, maintenant. Essayez de vous réunir, de vous rassembler, tête, corps et sentiment. Prenez conscience de votre vérité, dans l’instant. Qu’est-ce que vous ressentez?
Soyez là pour le ressentir consciemment, sans vous confondre avec ce que vous ressentez. Cherchez ce que l’Inde appelle le témoin neutre.


[Comment je me sens physiquement, mentalement, émotionnellement ?]
[...] Plus vous acceptez ce que vous ressentez d’une acceptation absolue, comme si vous n’étiez pas concerné, plus ce témoin neutre devient présent.

Vous pouvez prendre conscience successivement de tous les niveaux de fonctionnement, de tous les koshas, les revêtements du Soi.
Physique : annamayakosha, tendu, détendu, une douleur quelque part?
Physiologique : pranamayakosha, fatigué, en pleine forme?
Psychologique : manomayakosha, quelle est ma condition émotionnelle du moment? Logique : vijnanamayakosha, ai-je des idées claires et la capacité de voir clairement ce qu’il en est?
Enfin, est-ce que je pressens la paix qui accompagne cette vision neutre, anandamayakosha, plus d’opposition entre ce que j’aime et ce que je n’aime pas, la paix qui vient avec l’acceptation parfaite de toute ma vérité du moment.

Souvenez-vous toujours : ce qui est vu à tous ces niveaux est changeant, ce qui voit ne change pas. Ce qui est vu, ce sont toutes nos identifications possibles. Ce qui voit, c’est notre véritable identité, l’aube du Soi.

Essayez de ressentir avec un supplément de conscience. Si vous acceptez complètement que, dans le relatif, vous êtes fatigué, triste, et ainsi de suite, déjà vous ne vous confondez plus avec ces fonctionnements. C’est un « je suis » plus permanent qui se révèle.
Pour éprouver ce je suis plus stable, vous pouvez prendre appui sur le corps physique qui présente apparemment une certaine permanence, sur la sensation du corps et l’enracinement dans le bassin, un appui physique que vous pouvez même retrouver dans le courant de la journée.

Si vous êtes bien situé physiquement, le centre de gravité dans le bas-ventre, habitant en vous-même, vous ressentez une conscience, une présence beaucoup plus intense que dans les identifications ordinaires : je suis, j’existe, ici et maintenant. Dans les identifications, vous êtes emporté à gauche à droite par les pensées, les émotions, les réactions et vous n’êtes plus nulle part. Vous ne ressentez ni la conscience d’être ni le sentiment d’être. Le sujet est absorbé par l’objet.

Parce que l’attention s’intériorise, vous éprouvez : Je suis. Pas je suis triste, je suis gai, même pas je suis homme ou je suis femme : Je suis.
Essayez de ressentir cette conscience intense d’être vivant, établi en vous-même, et non happé par l’extérieur ou par vos rêveries, enraciné en vous-même, au centre de vous-même, et en possession de vous-même. Établi en vous-même, en possession de vous-même, comme vous vous installez au volant de votre voiture. Voilà mon volant, les clignotants, l’essuie-glace, le frein, l’accélérateur, l’embrayage, le levier de vitesses. Tout ceci est à la disposition du chauffeur de la voiture.
Voilà mon corps et je peux lui demander de rester immobile, de se détendre physiquement. Voilà ma tête et je peux diriger mon attention dans la direction que je choisis. Voilà mon coeur, ma condition émotionnelle sur laquelle je n’ai pas un pouvoir immédiat, si ce n’est celui de ne pas me laisser submerger, de me dissocier. Vous vous dissociez d’autant plus que vous acceptez.

La méditation c’est donc une présence. Et en même temps c’est une absence, absence de l’affirmation individualisée ordinaire. C’est un vide, un effacement, un silence.

La méditation peut aussi bien s’exprimer dans la formulation positive hindoue : JE SUIS, je suis l’Absolu, ou la formulation bouddhiste : je ne suis pas, je ne suis plus.
[...] « Quand l’homme se vide de lui-même, dit Maître Eckhart, Dieu le remplit. »
Vous pouvez dépasser cette contradiction. La méditation peut aussi bien être une recherche d’être – je suis – et une recherche de ne plus être, de s’effacer complètement.

Plus d’affirmation, seulement la vigilance pure. Essayez d’être vide, vide de vous-même, vide de tous les points d’appui habituels : juste la conscience, que vous dégagez, désengagez de toutes les perceptions, toutes les conceptions, toutes les formes. Essayez de sentir en vous ce vide, vide de tout ce qui est limite, comme l’immensité du ciel bleu. Vous perdez vos références, vos contours. L’esprit dégagé de tous les points de repère se révèle vaste, illimité, infini.
La conscience individualisée se dissout comme la glace dans le fleuve, qui fond et redevient eau.
Cet effacement découvre ce qui ne peut pas disparaître : une conscience qui n’a plus de limites mais à l’intérieur de laquelle peut apparaître une sensation, une idée, une forme, comme un nuage qui passe dans le ciel et s’éloigne sans laisser de trace.

Attention à ce que le « Je suis » – je ne suis pas les pensées, je ne suis pas les émotions, je ne suis pas le corps périssable, je suis le Soi – ne soit pas une affirmation plus fine de l’ego, donc une prison, donc une limitation.

Vous avez pris appui sur le corps comme une réalité tangible, plus stable que les pensées et les états d’âme. En prenant conscience de la respiration, vous réalisez que le corps est vivant, animé par l’énergie qui respire en vous sans que vous ayez vous-même à respirer. Essayez de sentir le mouvement de la vie, un flux qui ne cesse de couler.
Plus vous relâchez profondément, plus l’énergie revient au repos, plus vous découvrez une vie intense dans chacune de vos cellules. Le métabolisme ne cesse pas. Le corps lui-même est en changement perpétuel et, d’instant en instant, il vieillit. Vous acceptez que même le corps n’a pas de fixité, que même le corps est un flux, un mouvement, un changement incessant. Il n’a pas d’autre réalité que celle du changement, comme une rivière qui ne cesse pas de couler.

Peu à peu vous vous ressentirez de moins en moins comme matière solide, et de plus en plus comme énergie : la respiration, mais comme s’il n’y avait pas de corps physique et de poumons pour respirer. Essayez de sentir la respiration, pas seulement comme une ouverture et une fermeture du corps physique au niveau du thorax, mais comme le mouvement même de la vie. Laissez-vous porter par ce flux et ce reflux qui vous est donné sans cesse, depuis toujours, de la naissance jusqu’à la mort. Fondez-vous dans votre propre respiration, avec cette conscience que ce n’est pas vous qui respirez, mais que la respiration se produit d’elle-même. Ce n’est même pas votre vie, c’est la Vie universelle qui respire en vous.

Unissez-vous de plus en plus à cette respiration. Que l’idée du témoin neutre ne vous fasse pas prendre de recul par rapport à la respiration. Vous êtes la respiration.
Si vous devenez consciemment votre respiration, vous pouvez rester un long laps de temps sans idées parasites qui viennent vous distraire. Mais si des idées viennent, ne soyez pas déçu, ne vous divisez pas, ne refusez pas. Revenez tranquillement à la conscience de cette respiration. Essayez de n’avoir plus d’autre référence que le va-et-vient de la respiration elle-même.


Résumé et extraits d'Approches de la méditation d' Arnaud Desjardins .- Editions de La Table Ronde, Paris, 1989.
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Publié par Emmanuel de Lussac - dans Arnaud Desjardins
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Tout comme l'aigle s'en revient à son nid,

à tire-d'aile, lassé de son long voyage.

Ainsi l'âme qui dans le monde relatif et mortel des phénomènes a vécu,

s'en reviendra en elle-même,

Où elle s'endormira, libre de tout désir et de tout rêve

 

 

zafu

 

 

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