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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 04:59
Arnaud Desjardins : Approches de la méditation
(Editions de La Table Ronde - Paris, 1989)
Extraits et résumés


TROISIEME PARTIE : LA PRATIQUE

Chapitre 6 : Litanies pour un retour à soi-même

[6.5 : pages 191 à 194]

Voyez ce dont vous prenez conscience en tournant tranquillement votre attention vers vous-même. Demeurez intériorisé, gardez le contact avec vous-même, rappel de soi ou présence à soi-même, et en même temps souvenez-vous que l’extérieur existe.

Vous êtes là, calme, les yeux entrouverts, immobile, et vous savez que votre attention pourrait retourner à l’environnement, à toutes les situations que vous auriez à affronter. Prenez bien conscience de tout ce dont vous pouvez prendre conscience, ici et maintenant, les bien-être ou tensions, douleurs s’il y en a, coloration affective, soucis, préoccupations, intérêts du moment, et désengagez votre esprit de ces fonctionnements.

Ce dont nous prenons conscience est dépendant et changeant. Ce qui voit est libre, ne dépend de rien.

Cherchez une conscience d’être qui ne soit plus limitée par une forme particulière. Essayez de sentir que l’esprit par lui-même est infini, vaste comme un horizon de 360°, mais que vous vous laissez rapetisser par des idées particulières, des perceptions particulières.
L’esprit complètement désengagé retrouve sa vraie nature.
Et essayez de ressentir toute perception, une petite douleur, une pensée, qu’elle soit heureuse ou soucieuse, comme une forme qui passe dans cet esprit, comme un nuage poussé par le vent qui traverse l’immensité du ciel. Même la conscience de votre corps, la perception de votre limite physique, est une forme dans l’immensité de l’esprit le plus pur.

Et quand vous voyez que l’esprit va de nouveau se rétrécir, prendre une forme particulière, limitée dans l’espace et dans le temps, tentez de redonner à l’esprit sa vraie dimension qui est infinie et vide.

Le désengagement intérieur est bien moins impossible qu’on le croit. A l’intérieur de cette immensité, une pensée se présente et vous la reconnaissez comme une pensée qui passe, vous considérez une émotion en tant qu’émotion, une sensation en tant que sensation. Vous ne les refusez pas, vous ne vous y intéressez pas spécialement, vous laissez passer.


[...]

Toute l’existence paraît se dérouler par votre relation avec l’extérieur. Vous voyez les autres êtres humains comme extérieurs à vous, vous voyez votre voiture, les meubles de votre appartement, la lettre que vous tenez entre les mains comme extérieurs à vous.
Mais en vérité toute votre existence se déroule à l’intérieur de votre esprit, sous la forme de pensées, d’émotions, de sensations, de perceptions et d’idées. Par nature notre esprit n’a pas une forme plutôt qu’une autre.
Par nature notre esprit prend toutes ces formes minute après minute, parce qu’il n’en a aucune.

Ce qui vous coupe de votre réalité profonde c’est, instant après instant, l’identification. Vous n’êtes plus que cette idée rose ou noire, que cette émotion heureuse ou triste, que cette sensation agréable ou désagréable, et vous oubliez cette nature vide et infinie de la conscience elle-même.
Débrayez du monde des formes. Si une forme se présente, vous la laissez passer sans perdre la conscience du substrat illimité de l’esprit, comme si vous pouviez voir un oiseau passer dans le ciel en étant très conscient du ciel lui-même, et non pas toute votre attention centrée sur cet oiseau avec une appréciation qualitative suivant que vous trouvez celui-ci affreux ou ravissant.


Cette démarche vous est possible si vous la considérez comme tout à fait simple. Pourquoi l’esprit aurait-il en lui-même plutôt la forme de cette pensée que celle de la pensée suivante, plutôt la forme de la mélancolie de ce soir que la forme de l’optimisme de ce matin? A chaque instant, un peu plus profondément que ces formes momentanées, l’esprit est immuablement lumineux et serein.
Toute notre histoire personnelle s’est déroulée comme un film à l’intérieur de cette conscience. Des formes changeantes apparaissent dans cet esprit vide, parce que cet esprit n’a pas seulement un aspect statique, non manifesté, mais aussi un aspect dynamique. Et cette énergie, en elle-même, n’a pas de forme non plus, comme la lumière émanant de la lampe d’un projecteur de cinéma qui ne se définit qu’en traversant la pellicule.

Essayez de ressentir : je suis vivant. Ce vide est vivant. La Vie vous anime et, à sa source, elle n’a pas encore un aspect ou un autre. Cherchez en vous dans la direction de l’énergie à sa source. Les pensées, les joies et les tristesses, les dynamismes moteurs, sont des expressions différenciées de cette unique énergie. Cherchez et trouvez en vous l’énergie fondamentale, celle qui animait déjà l’oeuf, fusion de l’ovule et du spermatozoïde. Cela vous demande beaucoup de vigilance et d’intériorisation.

Dès qu’apparaît une manifestation particulière, il y a opposition : d’accord-pas d’accord, content-mécontent, inquiétant-rassurant, j’aime-je n’aime pas, je veux-je refuse. Mais l’élan vital lui-même n’est pas divisé en oppositions.
Essayez de vous situer en deça – pas au-delà – des paires d’opposés, ni pour ni contre, ni attraction ni répulsion. Juste : je suis vivant. Votre vraie nature n’est pas impliquée dans le jeu de l’attraction et de la répulsion.
Bien entendu cette démarche s’accompagne d’une totale détente.


Au moins essayez de sentir cette double possibilité :
ou bien l’engagement, l’identification, comme si vous aviez embrayé. Les pensées tournent, les émotions tournent et vous, vous tournez avec elles.
Ou bien vous débrayez, les pensées tournent, les émotions tournent, mais vous, vous êtes au point mort, vous êtes au repos.

Et ne considérez pas que chercher cet esprit vaste, vide, et cette vie sans conflits, est un accomplissement yogique merveilleux mais totalement inaccessible pour vous.

Tentez-le et, à partir de cette tentative, vous comprendrez comment vous pouvez peu à peu diminuer la force d’identification à vos pensées, vos désirs, vos peurs, diminuer la force d’absorption qui vous happe, vous exile de cette vraie nature à l’intérieur de laquelle les formes de conscience se succèdent.


Résumé et extraits d'Approches de la méditation d' Arnaud Desjardins .- Editions de La Table Ronde, Paris, 1989.
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Publié par Emmanuel de Lussac - dans Arnaud Desjardins
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Tout comme l'aigle s'en revient à son nid,

à tire-d'aile, lassé de son long voyage.

Ainsi l'âme qui dans le monde relatif et mortel des phénomènes a vécu,

s'en reviendra en elle-même,

Où elle s'endormira, libre de tout désir et de tout rêve

 

 

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