Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 05:26
Arnaud Desjardins : Approches de la méditation
(Editions de La Table Ronde - Paris, 1989)
Extraits et résumés


TROISIEME PARTIE : LA PRATIQUE

Chapitre 6 : Litanies pour un retour à soi-même

[6.6 : pages 194 à 200]

[...]
Vous êtes de plus en plus immobile, non seulement physiquement mais mentalement, de plus en plus détendu, silencieux, et vous essayez de descendre dans le silence des profondeurs comme on descend dans la crypte d’une église.
Cette conscience de soi est l’inévitable chemin de la conscience du Soi.

Essayez de vous concentrer entièrement dans ce sentiment d’être, d’instant en instant. Peu à peu disparaît « je suis jeune-je suis vieux, je suis comblé-je suis frustré », tout ce qui se surajoute. Un « je suis » de plus en plus pur, dépouillé. En sanscrit : je suis, aham asmi, est même considéré comme un mantram. Et ne pensez pas « Je suis », ressentez-le.

Chercher la conscience à sa source ne peut pas être une pensée, mais un vécu total. Vous entrez dans ce silence avec le point d’appui de la posture, puis, peu à peu, même cette présence physique devient moins importante, seul demeure le sentiment d’être.
Certes, cette conscience est encore ressentie comme : « je suis moi ». Vous ne perdez pas encore les points d’appui habituels. Vous affermissez la présence à soi-même mais à un niveau beaucoup plus profond et beaucoup plus silencieux. C’est un « je suis » qui implique à la fois la tête, la pensée, le sentiment et la sensation. Vous allez vers une réalité d’être toujours présente en vous, à la source de vos états conditionnés et de vos identifications.

Et si vous êtes bien centré dans ce « je suis », vous reconnaissez que ce « je suis », même très pur, est encore limité.
Je suis moi, c’est toujours un « je suis » individualisé. Moi à un niveau beaucoup plus profond, plus réel, mais ce n’est pas encore une conscience dans laquelle le moi, l’individualité limitée a disparu, même si ce moi est devenu très pur.
Vous pouvez sentir que vous aspirez à passer encore au-delà, à être libéré de ce moi à partir duquel naissent tous les désirs, toutes les peurs, l’insatisfaction, l’incomplétude, la frustration.
Si même ce moi purifié pouvait s’effacer, toute limite et toute finitude s’effaceraient aussi. Seule régnerait la conscience pure, et cette conscience, elle, est béatitude infinie.

Votre démarche est donc d’abord une affirmation puis un effacement, une présence puis une absence. Plus la conscience qui dit : « moi » s’éteint, plus vous vous retrouvez comme si vous vous étiez d’abord perdu.
Nous ne cherchons pas autre chose que ce que nous sommes, mais nous dépouillons cette conscience d’être de ces attributs. Ce que nous cherchons nous le sommes déjà et nous nous dépouillons, nous faisons silence. Pas de passé, pas de futur.

Pouvez-vous être encore plus silencieux, encore plus dépouillé, encore plus vide?

Et peu à peu se révèle en vous [...] la Conscience pure dans son aspect statique, non manifesté, un lac sans la moindre ride. Le moi limité se trouve pour un instant effacé et une impression d’immensité se révèle en vous, sans aucune considération d’espace ni de temps.

Et cette conscience a un autre visage qui est le visage énergie (atma shakti), le visage dynamique et actif. Tout en demeurant dans le grand calme des profondeurs, découvrez la source de vie ou l’élan vital à sa source. La vie est là en vous, dans votre ventre, vos entrailles, votre sexe, votre coeur, votre tête, une vie neuve, vierge, toujours vierge, toujours nouvelle.
Sentez ce que pourrait être cette vie libérée des mesquineries, de la petitesse et de l’étroitesse de l’ego, et essayez de ressentir celui-ci comme étant la prison, la plus terrible des prisons, qui rapetisse, qui limite, qui divise. Si cet ego lâche prise, la vie spontanée, la vie éternelle se révèle, toujours neuve, une source qui ne cesse de couler.

En vérité l’ego n’aspire qu’à devenir de plus en plus vaste, à se transcender lui-même, à perdre ses limites, à devenir infini, à s’effacer, mais le mental est là qui interdit cet épanouissement, cet effacement.

Si vous êtes vraiment silencieux, quelle soif d’infini se révèle en vous, quelle aspiration à dépasser toutes les limitations. Cette soif en vous n’est pas venue du dehors, elle n’est due à aucune influence, aucune imitation. Nous la portons tous en nous : une vie plus vaste, plus riche, plus libre, plus spontanée.


[...]
Depuis papa et maman dans l’enfance, toute notre existence a été fondée sur les points d’appui extérieurs, ceux qui nous ont trahis, ceux qui ne nous ont pas trahis. Notre mental, notre ego, notre limitation, notre incapacité à découvrir l’infini qui est en nous viennent de cette opposition : ce qui m’a trahi, ce qui ne m’a pas trahi – ce qui me veut du bien, ce qui me veut du mal.
Vous tournez votre attention dans une tout autre direction : vous cherchez votre point d’appui en vous-même. Vous cherchez à trouver en vous un sentiment d’être, une force, une confiance qui ne dépendent plus de ces conditions extérieures. Revenez à vous-même, établissez-vous en vous-même, essayez de sentir de l’intérieur votre propre force qui émane du sentiment d’être, et d’être soutenu par la Vie.

[...]
 Et pour sentir notre propre force qui ne dépend plus de l’extérieur, le réel point d’appui, il est dans l’enracinement, la descente du centre de gravité de notre être dans le bassin et le bas-ventre. Sentez bien votre assise, vos fesses sur votre coussin, vos genoux sur le sol.
Sentez aussi votre verticalité depuis le sacrum jusqu’au sommet de la tête. Ne rentrez pas le ventre à l’expiration, contrairement à certains exercices de yoga. Installez-vous de plus en plus dans votre bassin à chaque expiration, avec la stabilité d’une pyramide.

Mais vous n’êtes pas des blocs de pierre, vous êtes vivants.
Essayez de percevoir le bassin et le bas-ventre comme un socle ou comme un enracinement et, tout en restant dans l’immobilité, qui vous permet une détente de plus en plus profonde et même l’immobilité de l’esprit, représentez-vous tout le haut de votre être comme flexible physiquement et psychologiquement, adaptable au courant de l’existence, à la variété des situations, un arbre qui a des racines et peut facilement fléchir dans le vent et, parce qu’il s’adapte au vent au lieu de résister, il ne rompt pas. Surtout n’essayez pas de vous sentir dans cette stabilité de la posture comme un roc sur lequel les vagues de l’existence viendraient se briser, surtout pas. Comme un être enraciné mais vivant, donc souple, donc flexible, sans rigidité.

Videz le haut, remplissez le bas. Allégez le haut, mettez le poids en bas.

Concentrez l’énergie dans le bas-ventre avec chaque expiration et lâchez prise complètement à l’inspiration. L’ouverture libre de la poitrine induit l’ouverture du coeur et celle de l’esprit qui ne se replie pas sur ses opinions, ses préjugés, ses conceptions.
Un esprit tout à fait ouvert, libre, disponible pour accueillir autant les contradicteurs que les admirateurs.

Approfondissez la sensation du bassin et prenez bien conscience des trois centres d’énergie qui s’y trouvent associés.

Tout à fait au bas du dos, le sacrum. Essayez de respirer par le sacrum. Naturellement vous ne pouvez respirer l’air qu’avec vos poumons mais, à chaque inspiration et expiration, approfondissez la sensation que vous avez du bas de votre dos, comme si vous pouviez inspirer et expirer par le sacrum. Sentez ce sacrum comme la source d’où émerge la colonne vertébrale qui monte vers le ciel et culmine au sommet du crâne.
Les organes génitaux sont aussi une source d’énergie et, à mi-chemin entre le pubis et le nombril, le hara.
C’est par ces trois centres de la base que nous accomplissons notre incarnation, que nous prenons appui sur la terre, que nous sommes reliés à la nature. C’est là que nous trouvons notre force fondamentale, sans contradiction, sans l’opposition heureux-malheureux ou, au niveau de la tête, d’accord-pas d’accord : la vie sans dualité, seulement la conscience d’être.

Surtout ne reniez pas cette force naturelle, et à partir de cette force animale dans le bassin, la vie dite spirituelle, les sentiments les plus divins peuvent se développer.
Et d’abord le sentiment sans contraire, le oui du coeur, paix, certitude, ouverture confiante, amour sans peur. Si vous ne perdez pas contact avec l’enracinement à la base, la peur, donc la nécessité de protection au niveau du coeur se dissipe et vous pouvez vous ouvrir sans résister. Le sentiment devient de plus en plus vaste jusqu’à l’infini. Et, à partir de cet enracinement, la tête aussi peut être plus libre, plus ouverte, sans protection. L’énergie qui s’investit dans les pensées contradictoires, futiles, souvent inutilement inquiètes, a retrouvé sa place juste à la base de votre présence.
Une énergie beaucoup plus fine peut nourrir votre tête, une tête lucide, détendue, un esprit disponible et, surtout, un esprit réconcilié avec cette racine de votre être, n’opposant plus la force naturelle et un monde d’opinions, d’idées, de préjugés.

La pensée ordinaire est issue du passé, de vieilles peurs, d’injonctions de l’éducation, de marques du « surmoi ». Si vous pouvez retrouver avec confiance vos propres entrailles, vous retrouvez la vie en vous, indépendante de ce surmoi rigide qui vous étouffe et vous tyrannise.
Essayez d’avoir l’esprit complètement détendu et disponible mais non coupé de la sensation de la base. Pour associer la tête à l’enracinement, vous allez détendre complètement l’esprit comme si tout l’intérieur de votre crâne était au repos, vidé des préoccupations habituelles et vous allez sentir l’air pénétrer en vous par les narines. Laissez l’inspiration se faire d’elle-même, sentez le souffle qui emplit et caresse toute votre tête.
A l’expiration, vous vous représentez, sans aucune considération ou association érotique, que ce souffle vient nourrir vos organes sexuels, source de la vie créatrice en vous. Vous expirez dans les organes sexuels en même temps que le prana de l’air vient nourrir cette partie de votre être.

L’important est d’échapper au jeu des conflits. Quand vous êtes perturbé, vous pouvez être très aidé, pour revenir à la paix en vous-même, en disant oui de tout votre être à votre propre respiration. Oui à l’expiration, oui à l’inspiration et, par là même, vous êtes immédiatement aidé à dépasser le monde de l’attraction et de la répulsion.
Ce oui est toujours à votre disposition. Et dire oui à la respiration, c’est dire oui au niveau des narines en détendant toute la tête, c’est dire oui au niveau de la poitrine qui s’ouvre, qui se dilate et qui se vide, oui au niveau du coeur, oui au niveau du ventre et du hara, puisque vous expirez dans le ventre.
Par la respiration consciente, vous pouvez imprégner de ce oui, du AUM sanscrit, toutes les parts de votre être et toutes vos fonctions et, par là même, réconcilier la tête, le coeur, le corps, le sexe.



Résumé et extraits d'Approches de la méditation d' Arnaud Desjardins .- Editions de La Table Ronde, Paris, 1989.
Table des matières

Partager cet article

Repost 0
Publié par Emmanuel de Lussac - dans Arnaud Desjardins
commenter cet article

commentaires

triangle.gif

  sticker-oiseau-silhouette-2

 

La Maison d'Emmanuel

     "Tu es Cela - Plus proche que proche - Déjà là" 

___

 

Recherche

11497 10151563388252722 1707565980 a

 

Tout comme l'aigle s'en revient à son nid,

à tire-d'aile, lassé de son long voyage.

Ainsi l'âme qui dans le monde relatif et mortel des phénomènes a vécu,

s'en reviendra en elle-même,

Où elle s'endormira, libre de tout désir et de tout rêve

 

 

zafu

 

 

murugan.jpg