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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 11:39
Arnaud Desjardins : Approches de la méditation
(Editions de La Table Ronde - Paris, 1989)
Extraits et résumés


TROISIEME PARTIE : LA PRATIQUE

Chapitre 6 : Litanies pour un retour à soi-même

[6.8 : pages 209 à 215]

Prenez bien conscience – une conscience qui n’est pas là, ordinairement – de vous-même, dans votre condition présente, de ce que vous pouvez ressentir, sans demander autre chose pour l’immédiat.
C’est un surcroît de conscience : je ressens et plus je ressens, moins je pense. Acceptez complètement tout ce qui est là, à tous les niveaux, et détendez. Le relâchement, c’est le OUI du corps, c’est la non-peur, la non-protection et c’est une réconciliation avec la vie en général. Essayez de vous sentir complètement détendu, passez au-delà des craintes, des refus. Vous le pouvez. Si vous ne tentez pas, vous ne saurez jamais que vous pouvez.
Inversez le mouvement de protection, de fermeture sur soi-même, de défensive. Laissez bien descendre tout le poids de votre présence dans le bassin et le bas-ventre.

Le NON se situe dans le haut de la poitrine et le durcissement des épaules.

Lorsque le centre de gravité de votre présence est à sa place, approfondissez l’attitude de OUI, d’ouverture, de relâchement général et représentez-vous que toute la surface de votre être est perméable, n’est plus une barrière, une séparation, que l’air, le souffle, l’énergie subtile pénètre en vous à l’inspiration par chaque pore de la peau et que l’air vicié s’échappe de vous par chaque pore de la peau à l’expiration. Ne vous demandez pas si c’est possible ou non, tentez-le.

Au départ, ce n’est qu’une représentation : je sens tout mon être perméable. Essayez que la surface de votre corps ne soit plus une séparation. Tentez de sentir que vous baignez dans un océan de prana, d’énergie subtile comme un poisson dans l’eau.

Détendez complètement tout le visage, et essayez de sentir que le visage est perméable.

Détendez toute la surface du dos
. Ne bloquez jamais le dos pour mieux ouvrir le devant de la poitrine. Le dos doit être libre. Relâchez le dos, ne vous tenez pas abusivement droit et respirez à travers toute la surface du dos. Essayez de sentir le dos perméable. Ce n’est ni un mouvement de haut en bas, ni de bas en haut, c’est toute la surface du dos qui s’ouvre, le prana pénètre en vous par toute la surface du dos.

Inspirez de même par le bas du corps et les organes génitaux, en dehors de toute représentation érotique. C’est une part de notre être, associée à beaucoup d’éléments psychologiques, positifs ou négatifs. Pas de protection. Chaque part de notre être a sa place dans notre totalité et peut être détendue, vivifiée.

Portez particulièrement votre attention sur le bas du dos, le sacrum, et représentez-vous que cette part est perméable, comme si l’air pénétrait directement dans votre sacrum. Inspirez à travers le sacrum.

Et surtout, dans les débuts de la pratique, revenez régulièrement au lâcher-prise profond dans le visage, dans les épaules, dans le haut du dos. Ces exercices vous demandent une finesse d’attention et il y a un risque que cette attention ramène une tension dans le haut du corps. Si votre attention faiblit, si vous n’avez aucune sensation, aucune perception, s’il n’y a rien pour accrocher votre attention, revenez au centrage dans le hara. Ce centrage est l’aspect actif de votre pratique puisqu’à l’expiration vous poussez le bas de l’abdomen vers le bas et en avant, tout en gardant les épaules relâchées.

Quand vous sentez que, par cette démarche plus active, vous avez retrouvé un enracinement, revenez à cette ouverture, à cette respiration, à travers toute la surface du corps ou à travers telle ou telle part de celui-ci. Il faut que, dans votre pratique, vous ayez l’habileté d’adapter les exercices que vous faites à la nécessité du moment, et que jamais des exercices de détente n’aboutissent à une tension quelque part. Et s’il y a une douleur quelque part, dites-lui « oui » de tout votre coeur.

Cette respiration à travers toute la surface de notre être est une mise en harmonie avec la totalité, avec la Vie universelle. C’est la vague qui essaie de retrouver l’océan. [...] Vous n’êtes plus coupé de l’environnement, cet océan de prana dans lequel vous vivez. Vous communiquez, vous communiez, vous entrez en relation avec la totalité, l’Univers dont nous sommes une cellule. Vous devenez plus vaste, moins enfermé en vous-même, moins replié sur vous-même, vous faites partie d’une immense réalité, vous êtes porté, soutenu par la Vie universelle, vous pouvez accueillir et lâcher avec chaque inspiration et chaque expiration. Votre être même consiste à recevoir et à donner.

La Vie est en vous, elle vous sous-tend et vous soutient, cette Vie qui s’exprime d’abord pour vous par l’incessante respiration. Peu à peu la matérialité du corps physique se fait moins sentir. L’emprisonnement dans une forme limitée et parfois douloureuse se dissipe, et la respiration vous donne un sentiment d’immensité, comme si votre inspiration venait des confins de l’univers et votre expiration allait jusqu’aux confins de l’univers. Vous avez l’impression d’être uniquement une énergie immense. L’inspiration et l’expiration dépassent de loin la fonction physiologique. Votre respiration est seulement une petite part de la Respiration universelle.

Revenez à vous-même. Détendez toutes les tensions que vous pouvez détendre. Prenez conscience de vous, de votre état d’être, votre état d’esprit. Est-ce que je suis pleinement heureux, reposant en moi-même, sans souci pour l’avenir? Est-ce que rien ne me perturbe, ni du passé, ni du futur? Est-ce que je ressens la plénitude, le contentement, la paix? En prenant conscience de ces vérités de l’instant, si vous acceptez parfaitement ce qui est, déjà vous vous en détachez.

Il est tout à fait normal que vous espériez de la méditation et du silence intérieur un moment de paix, de plénitude, un moment heureux. Mais si ce moment heureux est simplement l’opposé d’un moment d’inquiétude, de souci, de peur, vous n’avez rien résolu. Dans la méditation, ce point doit être tout à fait clair. Vous ne pouvez pas chercher simplement une sérénité qui serait une fuite et qui tenterait de nier les difficultés de l’existence.

Nous cherchons une paix qui transcende l’opposition ordinaire heureux-malheureux, qui intègre la totalité de la réalité. Ne fuyez pas l’aspect douloureux de l’existence.
Ce que vous allez découvrir se situe à un niveau plus profond que l’alternance : j’aime ou je n’aime pas.

Pas de méditation partielle fondée sur l’exclusion : la spiritualité contre le matérialisme, la paix des profondeurs contre l’agitation du dehors. La méditation est une réconciliation avec la totalité de la vie. Et seule cette réconciliation permet un dépassement, une transcendance. Je ne refuse rien, je cherche plus profond en moi.

A cette attitude générale et fondamentale, la respiration pendant la méditation peut beaucoup vous aider.
Quand vous inspirez ou, du moins, quand l’inspiration s’accomplit, vous acceptez de vous ouvrir à tous les aspects de la réalité, de ne plus vivre dans la protection, la défensive et le refus.
Et quand vous expirez, quand l’expiration se produit, vous ne retenez rien. Vous ouvrez les mains, vous donnez, vous offrez, vous vous laissez vider sans restriction.
A l’inspiration, ressentez que vous pouvez vous ouvrir, accueillir tout ce qui se présente parce que vous allez dépasser ou transcender l’opposition bon et mauvais, heureux et malheureux. A l’inspiration ne résistez à rien, ne refusez rien. Ouvrez-vous de tout votre être. Certes, nous accueillons l’oxygène, le prana, et même le souffle du Saint-Esprit, mais vous êtes prêt à accueillir tous les aspects de la réalité.

Rendez-vous perméable de partout à l’inspiration, sans aucune défense, résistance, protection. Et en même temps, ressentez sans crainte que vous pouvez accueillir, que vous ne serez pas détruit. Vous pouvez, comme dit le tantrayana, digérer tous les poisons, pourvu que vous les absorbiez consciemment, avec vigilance.
Essayez de sentir cette attitude fondamentale d’ouverture et de non-protection avec chaque inspiration. Que signifie la parole du Christ : si l’on vous frappe sur une joue, tendez l’autre? Je ne vis plus sur la défensive, dans la protection. Frappez, frappez, je n’ai pas peur, je peux accueillir les coups.
Avec chaque inspiration, devenez entièrement accueil. Représentez-vous que vous pouvez accueillir et laisser passer, ne garder en vous que ce qui est nourriture, et que toute expérience, même douloureuse, peut être transformée en nourriture pour votre croissance intérieure. Et à l’expiration, sentez : je laisse le prana, la nourriture subtile se répandre dans tout mon organisme et, en même temps, je me vide, je me laisse vider. Dieu donne, Dieu reprend. J’offre tout loyalement, sans tricher, et je m’offre moi-même avec chaque expiration, comme si je ne gardais rien pour moi. C’est une attitude intérieure d’abandon de tout ce que l’on possède et tout ce que l’on est.

Une nouvelle inspiration vous est donnée. C’est un grand enseignement. Offrez tout à l’expiration, tout votre être, et tout va vous être rendu à l’inspiration. Mais ce qui vous est rendu n’est pas ce que vous avez perdu. Physiquement, vous avez expiré le gaz carbonique, vous inspirez maintenant l’oxygène. C’est un renouvellement, et il en est de même au niveau spirituel. Recevoir, donner, accueillir, assimiler, éliminer, est le mouvement de la vie. Essayez de le vivre de tout votre être. L’existence dans l’ego, à travers le mental, consiste à se protéger pour éviter de recevoir tout ce que nous n’aimons pas et à se crisper pour garder tout ce que nous avons peur de perdre. Et dans cette attitude, nous sommes totalement perdants : jamais la sérénité, jamais la paix, jamais le repos, jamais la véritable détente, jamais la béatitude ici et maintenant ne nous échoieront.

Les yogis considèrent la respiration comme un rituel et un sacrifice (yajna) : pas seulement offrir différentes substances dans le feu, tout offrir à l’expiration, s’offrir soi-même à l’inspiration, c’est alors nous qui devenons le feu dans lequel sont jetées les offrandes. Avec chaque inspiration, ressentez : je peux tout accueillir, je peux accueillir une critique, je peux accueillir une mauvaise nouvelle. Ouvrez toujours, c’est toujours Dieu qui frappe à la porte.

Et à l’expiration, desserrez les mains. Ne soyez plus un avare. Les psychologues ont confirmé que cette attitude d’avarice pouvait conduire jusqu’à la constipation : ne même pas oser rendre les excréments à la nature, de peur de perdre quelque chose. Avec chaque respiration, acceptez que l’existence puisse vous prendre ce que vous aimez, acceptez que l’existence puisse vous donner ce à quoi vous ne vous attendiez pas. Laissez partir les souffrances, les rancunes, les amertumes. Donnez tout le poids du passé avec chaque expiration, donnez ce vous-même auquel vous êtes attaché avec vos limitations, vos peurs, et laissez-vous renouveler à l’inspiration.

Ne méditez jamais contre le mouvement de l’existence. Ne reniez pas l’existence pour pénétrer dans le temple intérieur. Méditez dans l’acceptation, dans la communion, méditez dans le mouvement et, par là même, soyez vivant, sans cesse renouvelé et libre. La méditation ne peut pas être : je choisis le grand silence de l’immobilité contre les perturbations. Choisissez ce qui est en deçà de cette opposition, en deçà de cette contradiction, ce qui est d’un autre niveau.

Mais soyez sans crainte de ce qui, en vous, peut résister à cet abandon, à cette ouverture. Il se peut que, même en cherchant loyalement à tout accueillir à l’inspiration et tout donner à l’expiration, au lieu d’être de plus en plus détendu, vous réalisiez que de nouvelles tensions s’affirment ici ou là dans votre corps.
Une part de vous prend peur, résiste. Acceptez et essayez tranquillement de convaincre, d’apprivoiser ces tensions. Ne vous tendez pas de mécontentement de vous sentir tendu. Rassurez vos tensions, apaisez-les. Convainquez-les que vous cherchez votre vrai bien, celui qui ne vacillera plus jamais. Convainquez-les que vous allez pouvoir vivre sans peur, sans crainte pour l’avenir, libre du passé. Vous ne savez pas ce que vous perdez dans l’attitude de protection et de refus de lâcher.

Et si vous saviez ce qui vous attend, vous ne seriez plus qu’ouverture et lâcher-prise. Laissez grandir la vie en vous, la vie surabondante comme dit l’Évangile. En refusant d’accueillir ce qui ne vous convient pas, vous atrophiez votre existence. En vous cramponnant à ce que vous avez peur de perdre, vous atrophiez votre existence. Respirez ample, vivez ample. Laissez la respiration respirer en vous et laissez la joie vivre en vous.
Et que votre joie demeure.


[FIN]


Résumé et extraits d'Approches de la méditation d' Arnaud Desjardins .- Editions de La Table Ronde, Paris, 1989.
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Publié par Emmanuel de Lussac - dans Arnaud Desjardins
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Tout comme l'aigle s'en revient à son nid,

à tire-d'aile, lassé de son long voyage.

Ainsi l'âme qui dans le monde relatif et mortel des phénomènes a vécu,

s'en reviendra en elle-même,

Où elle s'endormira, libre de tout désir et de tout rêve

 

 

zafu

 

 

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