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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 06:41
Arnaud Desjardins : Approches de la méditation
(Editions de La Table Ronde - Paris, 1989)
Extraits et résumés

Table des matières

Première partie : Vue d'ensemble

Chapitre 1 : Concentration et méditation
[1.3. : pages 37 à 44]


(Page 37)

"Ce vers quoi vous allez c'est la conscience pure, infinie, non conditionnée, en deçà, avant qu'apparaissent les catégories du temps, de l'espace et de la causalité. Juste être ce que je suis ! Fondamentalement, essentiellement la méditation est un non-faire, un non-agir, un non-effort. Ceci ne doit jamais être oublié."
[...]

(Page 38)

"Toutes sortes d'éléments impurs de l'ego, plus ou moins conscients, vont s'immiscer dans votre pratique, tels que l'avidité et le désir de réussir. [...]
[Ne réduisez pas votre méditation] à un avoir, un profit : "je réussis, je ne réussis pas..."
[...]
Dans le lâcher-prise, la détente, l'ouverture, une révélation se produira. Elle vous sera donnée comme une grâce. Si vous êtes vraiment silencieux, vous ne cherchez plus, même pas à être libérés, car c'est encore une pensée, encore une idée, encore une conception. La méditation est l'anti-recherche.
[...]
Mettant l'accent non plus sur la présence à soi-même mais sur l'effacement de soi-même, certains bouddhistes ont même employé l'expression de non-être : au-delà même de l'être ne plus être.
[...]
Si "je" disparais, qu'est-ce qui va se révéler ? Si le "je suis" individualisé s'efface, subsiste alors ce qu'on a appelé supraconscience, "nirvikalpa samadhi", "shunyata". "

(Page 39)

"Il faut que cette vérité vous imprègne dès le départ, avec le sentiment qui lui correspond, quels que soient les résultats immédiats ou tardifs que cette clarté de compréhension puisse donner.

Tournez le dos à votre comportement habituel. Votre comportement habituel, il ne peut en être autrement, est fait d'attraction et de répulsion, du "j'aime" et du "je n'aime pas", du "je veux" comme du "je ne veux pas", toujours par rapport à moi ; et c'est ce moi, cette conscience individuelle, dont nous cherchons à être affranchi, que nous cherchons à transcender, pour découvrir la Conscience en elle-même. [...]

La méditation est un effacement, un silence, une ouverture, donc une acceptation, un non-conflit. Ne méditez jamais "contre"...contre votre médiocrité, contre votre sentiment d'infériorité, contre votre non-libération. Né méditez jamais contre quoi que ce soit, même contre les distractions.
Et ne méditez jamais pour, c'est-à-dire un but dans le futur : pour ma libération, pour ma sagesse. Pour implique toujours une dualité : "je ne suis pas sage, je veux être sage ; je veux avoir une grande expérience de samadhi. " Ne méditez ni contre ni pour"
[...]

Juste être. Silence. Et, pour commencer, l'acceptation de ce qui vous apparait comme décevant, non souhaité - mais qui est, ici et maintenant."

(Page 40)

"Autrement dit, le maître mot de la méditation c'est [...] le mot OUI. [Si NON], [...] c'est le mental qui veut dépasser le mental, c'est l'ego qui veut effacer l'ego, autrement dit : une impasse. Il n'y a pas d'effacement qui ne soit pas lié au OUI. Sentez-le. C'est une idée mais c'est aussi un sentiment.
[...]
"J'aspire à ne plus être tout en demeurant vigilant" : voilà le sommet de la méditation. [...]

[Mais pour nous qui ne sommes] ni moine zen dans [notre] monastère ou engagé dans la retraite de trois ans chez les Tibétains, ce n'est pas dans la méditation, pour commencer, que la partie se joue mais dans l'existence. [...] aussi importante, vitale même, que soit [la méditation].
L'essentiel  est dans la vigilance dans l'action, le OUI à ce qui est, la détente, la présence à soi-même, la position de témoin, dans le courant de l'existence. "

(Page 41)

"C'est dans le courant de l'existence que vous allez peu à peu éroder les obstacles à la méditation [...]

Cette rentrée dans le vide ou dans le silence vous deviendra facile parce qu'enfin il est tout de même encore plus naturel de ne pas bouger que de bouger. La position naturelle de l'homme, c'est une posture stable et agréable d'immobilité. A partir de là je peux me gratter le nez si je veux, je peux remuer la main, me lever et marcher. L'essence, c'est l'immobilité à partir de laquelle tous les mouvements sont possibles. De même notre état naturel réside dans ce vide intérieur, ce silence, cette immobilité parfaite de la pensée.
Voilà pourquoi les hindous, là où nous employons le mot surnaturel, emploient, eux, le mot naturel (sahaja). Et cette vérité a imprégné toute la pensée asiatique, y compris le bouddhisme zen : simplement revenir à un état primordial."

(Page 42)

"C'est uniquement pour l'ego que ce vide a quelque chose de surnaturel. Et c'est pour cela aussi que je dis en deça plutôt que au-delà, avant les tensions, avant les contradictions, avant l'opposition du "j'aime" et du "je n'aime pas", avant l'attraction et la répulsion.
[...]
La conscience pure s'insére ensuite dans le monde des formes, l'identification au corps, aux différents koshas ou revêtements du Soi, au jeu de la multiplicité et des conflits dont nous sommes prisonniers.

[...] Ne [...] laissez [pas] se créer en vous deux mondes : le monde divin de la méditation et le monde de "merde" comme on dit, de la vie ordinaire.
[...] Il va falloir dépasser la distinction "méditation-non méditation", moment de méditation au calme et retour à la vie, jusqu'à ce que les deux soient confondus.
La vie entière est alors vécue sur fond de méditation. Et à certains moments c'est ce fond de méditation qui prend le devant de la scène. S'il n'est plus nécessaire de s'exprimer en situation, de parler, d'écouter, de penser, revenez normalement à la source, comme vous revenez normalement à l'immobilité après le mouvement. Normal, naturel, souvenez-vous de ces mots et c'est tout le reste qui est en trop. Lâcher, lâcher prise. Complet relâchement de toutes les tensions physiques, émotionnelles et mentales, [...] comme on relâche un prisonnier. [...]"

(Page 43)

"Il ne faut pas [...] laisser, même subtilement, l'ego récupérer la méditation pour en faire une entreprise située à l'intérieur des limites du mental et qui, par conséquent, ne permet pas de dépasser ces limites.
[...]
Comment le fini pourrait-il avoir l'expérience de l'infini ?
Comment le limité pourrait-il avoir l'expérience de l'illimité ?
Comment le changeant, inséré dans le temps, peut-il avoir l'expérience de l'éternel ?
Comment le physique, le mesurable peut-il avoir l'expérience du métaphysique au-delà de la mesure, au-delà de la matérialité grossière ou subtile ?
C'est une contradiction. La méditation elle-même est une contradiction. Je vais méditer... Alors, "je" subsiste. Et pourtant...
[...]
Ne vous trompez pas ! Vous êtes ce que vous êtes. Il n'y aura pas de miracle. En fait, il y aura un miracle mais ce n'est pas un miracle de pacotille." [...]

(Page 44)


L'ego peut trouver son plaisir dans la méditation. Mais vingt ans après vous n'êtes pas plus avancé. [...]
[Ne laissez pas l'ego méditer]
Semez une graine qui va peut-être germer, commencer à aspirer à cet effacement !

Résumé et extraits d'Approches de la méditation d' Arnaud Desjardins .- Editions de La Table Ronde, Paris, 1989.
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Publié par Emmanuel de Lussac - dans Arnaud Desjardins
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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 04:34
Arnaud Desjardins : Approches de la méditation
(Editions de La Table Ronde - Paris, 1989)
Extraits et résumés

Table des matières

Première partie : Vue d'ensemble

Chapitre 1 : Concentration et méditation
[1.2. : pages 24 à 37]

(Page 24)

[La position de témoin (Sakshin)] :

"Cette position du témoin est une dissociation, mais non une dualité, tant le témoin est neutre, sans aucun jugement, aucune appréciation des pensées nobles, aucun mépris pour les pensées vulgaires, juste témoin."
[Cette forme de méditation est conseillée par A. Dejardins mais il insiste sur le fait que "ce n'est pas la seule qui puisse [nous] "aider à progresser".

(Page 25)

[Longtemps A. Desjardins a médité sous forme de concentration de l'attention avec bien des difficultés jusqu'à ce que plusieurs maîtres, dont le sien, lui conseillent d'adopter cette position de témoin.
Ils lui dirent de ne plus lutter contre les distractions mentales par ces mots :]
"Let them com, let them go " [ce qui signifie] "Laissez-les venir, laissez-les partir"
[Son maître, Swâmi Prajnanpad, ajouta :] "Let them come, they will go !" [ce qui signifie] :
"Laissez-les venir, elles s'en iront". "Tout ce qui vient s'en va, tout ce qui apparaît disparaît".

[...]

(Page 26)

[...]

(Page 27)

Dit autrement : "Etre conscient, mais une conscience vide, pure, tout en sachant que nous ne pourrons pas demeurer dans ce silence ; accueillir complètement les distractions au lieu de les considérer comme des ennemis qui viennent nous distraire dans notre concentration, et regarder.
"On retrouve la même approche dans le zazen [...]"

(Page 28)

[...] "L'énergie en [nous] s'exprime sous trois formes : physique, émotionnelle et mentale. ce sont trois niveaux de fonctionnement. [...]
Le niveau de fonctionnement sur lequel vous avez le moins de pouvoir, pour ne pas dire aucun pouvoir, c'est l'émotion.
[Nous avons par contre] un petit pouvoir sur le corps, [...] sur les pensées."


(Page 29)

[Il faut ainsi se servir du petit pouvoir que nous avons sur le corps, sur les pensées pour apaiser également les émotions.]
[...]"A cet égard, l'image utilisée en Inde, est celle de l'éléphant sauvage encadré par des éléphants dressés. On a constaté que pour faire voyager un éléphant sauvage qui vient d'être capturé, il suffisait de le placer entre deux éléphants dressés et qu'il marchait alors tranquillement avec les deux autres, s'arrêtait en même temps qu'eux et repartait quand ils repartaient. De même, on peut encadrer l'émotion par les deux éléphants au moins quelque peu apprivoisés du corps et de la pensée."

(Page 30)

[...] [A. Desjardins s'est demandé si cette parole du christ :] " Si deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux" [n'était pas le reflet de la règle qu'il énonce plus haut. Lorsque ] "la pensée et le corps sont réunis par la sensation, la conscience du corps, "Je suis au milieu d'eux".

(Page 31)

"Au bout de peu de temps, en effet, un sentiment particulier apparaît, un sentiment d'être, pas d'être triste, d'être riche ou pauvre, d'être beau ou laid, d'être quoique ce soit- juste être."
[...]

(Page 32)

[...]
"Comme je ne sais pas trop en quoi consiste la méditation, j'attache ma pensée  à la sensation, à la respiration paisible, au mouvement de l'énergie qui se répand dans tout mon corps (le prana).


Et, deuxième approche praticable pour vous aussi
, vous pouvez vous exercer à la vision des pensées, des associations d'idées, sur fond de vide, comme le ciel bleu dans lequel passe un oiseau.

 Je constate que cet oiseau exerce sur moi une attraction parce que je le trouve très beau, ou je constate que cet autre oiseau, comme le pauvre vautour, provoque au contraire en moi une répulsion, mais je ne suis pas happé, absorbé par l'oiseau.
Je le regarde simplement traverser le ciel vide, apparaître, disparaître, sans perdre la conscience de l'infini.

Cela vous paraîtra plus ou moins aisé. Ne vous découragez jamais, Vous pouvez y arriver facilement pendant quinze jours et ne plus y parvenir pendant deux mois durant lesquels vous êtes agités, vous avez envie de bouger et la méditation devient insupportable. Il faut savoir que différents mouvements intérieurs, tendances, vasanas profondes vont interférer. C'est ainsi, ne soyez ni surpris, ni déçus et sachez qu'il ne faut pas s'inquiéter. Au départ les états d'âmes ne dépendent pas beaucoup de vous.

Ce que vous pouvez faire, c'est reconnaître et accepter que ce qui est soit, ne pas entrer en conflit, vous détendre à l'intérieur des tensions et tenter la vision du témoin neutre. Vous vous rendez compte que par l'acceptation pure et simple des images, parce qu'elles viennent, des pensées parce qu'elles montent, celles-ci diminuent, diminuent encore.

Vous resterez -les chiffres semblent minimes à un auditeur profane mais immenses pour celui qui s'est déjà exercé -vingt secondes, trente secondes, sans qu'aucun "oiseau" ne traverse le ciel en question. C'est le commencement de la véritable méditation : vous êtes intensément conscient, parfaitement éveillé, totalement présent à vous-même, sans forme, sans mesure, infini, pas infiniment grand ni infiniment petit, infini au-delà des catégories habituelles de notre pensée, le temps, l'espace et la causalité."

(Page 33)

[Un exercice proposé par A. Desjardins] "qui développe la liberté du témoin":

"Vous prenez conscience de vous ici et maintenant : "Je suis", c'est tout, et vous savez qu'une image, une pensée, une forme va apparaître, dans une, deux ou trois secondes. Je le sais et je ne le refuse pas ; je ne m'épuise plus à lutter contre les distractions.

Pour un instant, je me regroupe, je me rassemble, je suis présent ; pour un instant j'arrête de penser (c'est possible) et je regarde ce qui va me venir à l'esprit, au coup à coup.[...]
Je vais voir au fur et à mesure ce qui va monter de la profondeur de moi-même.
Je me détends autant que je peux. Une idée, une image advient. Je la constate, je la note, et je ne me laisse pas entraîner.

[...] Au moment où une image monte, quelle qu'elle soit, c'est la surprise. Des millions de possibilité sont contenues dans ce chitta (dépôt, réceptacle, entrepôt) et vous ne savez laquelle va se présenter.
 
Vous essayez d'être témoin de ce que vous ressentez."

[...]

(Page 34)

[...]
"Acceptez [les associations d'idées sans ] vous laissez emporter par toute une série. Attend[ez]. De nouveau retourn[ez] à l'immobilité. Regard[ez] une autre pensée va naître, totalement imprévisible.
[...]
Ceci ne paraît pas transcendant mais c'est peut-être le commencement de la plus haute méditation. Je vois. Je constate. En anglais, "to be aware", être conscient de ce qui se produit. Rien ne passe inaperçu.
Vous pouvez  aussi, toujours avec ce recul qui n'est pas une dualité parce que vous n'avez ni jugement, ni attraction, ni refus, mais juste une vision neutre, sentir un peu plus profondément ce qui est contenu dans l'image venue à la surface."

(Page 35)

"Pourquoi particulièrement celle-ci, qui paraît peut-être anodine ? [...] [Quels sont] l'arrière-plan et la richesses contenus dans cette image [?]
[...] Mais [attention de ne pas] vous laisser happer de nouveau par les pensées, [...] de ne pas perdre la position de témoin qui demeure l'essentiel."
[...]
[A. Desjardins nous invite à nous méfier] "des méditations qui ne sont que des drogues, des anesthésiants, des fuites, des plaisirs pour l'égo et qui ne détruiront jamais le mental, au contraire"

(Page 36)

[Pour A. Desjardins] "plus que l'aspect "connaissance de soi", [ce qui lui semble important] c'est [...] la discrimination du spectateur et du spectacle, le retour à la conscience vide, à l'océan dans lequel naît une vague et auquel la vague retourne."

Avec un peu plus de pratique, vous pourrez dépasser [le regard sans jugement] "au coup à coup" [porté sur chaque pensée survenant], vous pourrez laisser le mental vagabonder, tout en conservant sans effort héroïque la position de témoin, comme si vous étiez vraiment conscient que vous regardez un film, non plus des diapositives mais un film avec un sujet, un thème. Vous y arriverez relativement vite.

[...]

(Page 37)

" "Autorisez le libre-jeu du mental" et en même temps soyez conscients de vos rêveries diurnes, ces rêveries qui d'habitude vous happent, auxquelles vous vous êtes identifiés et dans lesquels vous n'existez plus en tant que sujet distinct et autonome. [...] Vous regardez comme si vous n'étiez pas concernés alors qu'en fait, d'una utre point de vue, vous êtes tout à fait impliqués puisque ce sont vos rêveries à vous dans votre cerveau à vous. Vous êtes sur la rive et vous voyez couler le fleuve de votre cinéma intérieur.

Cette vigilance va grandir avec la pratique."
[...]
"Cette non-identification va avoir des échos dans le courant de votre existence où vous retrouverez plus facilement cette dissociation. Voilà les soucis, les inquiétudes qui sont en train d'agiter mon cerveau et mon coeur [,] et moi j'expérimente un certain détachement au centre même de cette agitation. Je sais, je perçois que ces agitations ne sont pas le tout, qu'elles concernent la surface, les formes changeantes, momentanées, d'une conscience sans forme, la pure lumière de la perception."



Résumé et extraits d'Approches de la méditation d' Arnaud Desjardins .- Editions de La Table Ronde, Paris, 1989.

Table des matières

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Publié par Emmanuel de Lussac - dans Arnaud Desjardins
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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 04:46
Arnaud Desjardins : Approches de la méditation
(Editions de La Table Ronde - Paris, 1989)
Extraits et résumés


Table des matières

Première partie : Vue d'ensemble

Chapitre 1 : Concentration et méditation
(1.1. : pages 13 à 23)

(Page 13)

[...]

"[Le maître d'Arnaud Desjardins], Swâmi Prajnanpad, considérait qu'on ne pouvait efficacement méditer qu'après avoir érodé dans l'existence un grand nombre de ses difficultés ou obstacles intérieurs."

[Il existe différents types de méditations] : certaines sont tout de suite accessibles aux débutants et d'autres [nécessitent d'avoir] déjà progressé sur le chemin de la simplification et du dépouillement intérieurs.


[...]

(Page 14)

"La méditation consiste avant tout à ne pas faire, tout en étant présent à soi-même, vigilant, intensément éveillé.
Pour comprendre l'essence de la méditation, il faut se souvenir de cette affirmation que nous sommes déjà ce que nous aspirons à être mais que nous n'en sommes pas conscients."

[...]

"Alors que dans la vie courante toutes nos tentatives visent toujours à mettre en oeuvre des causes pour produire certains effets, dans la méditation il n'y a pas à produire, il y a à découvrir."

[...]










"Il faut faire une distinction entre concentration et méditation et bien distinguer, les exercices préparatoires de la méditation elle-même.
Dans [ces] exercices préparatoires [...] il y a quelque chose à "faire" et à cela nous sommes tous habitués."

[...] "La forme supérieure de la méditation [:]

Elle réprésente un mouvement inverse du mouvement habituel de l'attention aussi bien physiquement, émotionnellement que mentalement, un mouvement qui ne va plus vers la surface ou vers la périphérie, mais au contraire de la périphérie vers le centre et de la surface vers la profondeur : il s'agit d'une inversion de notre intérêt, de notre possibilité de conscience, pour chercher à ressentir cette réalité que nous sommes déjà, recouverte par les perceptions et conceptions habituelles dans le monde du temps, de l'espace et de la causalité.

La méditation est donc un non-agir, un silence, une immobilité intérieure, un vide qui ne nous sont pas normalement accessibles. [...]

(Page 15)


[Car ] "dès qu'on tente ce silence, cette prise de conscience très pure de l'essence de notre être, [...] on se trouve harcelé par des pulsions, des colorations émotionnelles, et, plus particulièrement, les associations d'idées, les pensées diverses."
[...]
"Normalement l'être humain est capable d'immobilité physique mais incapable d'immobilité mentale."

(Page 16)


[C'est pourquoi] "Il existe [...] des exercices considérés comme préparatoires
, qui sont en fait des pratiques d'entraînement à l'attention, à ne pas confondre avec les sommets de la méditation.
Ces exercices [...] se rangent [...] sous le vocable de concentration, en sanskrit : dharana"

[...]"Il est proposé des supports, des points d'appui auxquels on essaie d'accrocher son attention. On appelle ekagrata en sanskrit l'attention centrée sur un seul point. Vous entendrez aussi en anglais les mots focus, qu'on utilise pour la mise au point en photographie, et one-pointed mind, la pensée non plus dispersée à droite et à gauche mais immobilisée sur un point."

[...]"La concentration [peut se faire]sur un objet extérieur à [soi, ou] [...] sur une réalité intérieure à [soi].

[Exemples d'objets extérieurs :]
une divinité [(Christ, Krishna)] une forme [(la croix)].[...]

(Page 17)

[...] "Avec l'entraînement on peut obtenir devant les yeux intérieurs une image aussi précise que que si l'on regardait une peinture, une idole comme disent les hindous sans la moindre connotation péjorative.
Un des meilleurs supports de concentration [ extérieurs...] : la flamme d'une bougie".[...]

"Les points d'appuis intérieurs : [...] le va et vient naturel, spontanné de la respiration ou tel ou tel centre dans l'organisme, tel ou tel chakra [...] ou encore la sensation du corps à travers le relâchement musculaire profond.

Nous tournons notre intérêt vers une seule réalité et nous essayons de couper à la source dès qu'elles se présentent les pensées annexes, non voulues [...].

[La sensation du corps à travers le relâchement musculaire et le va et vient naturel, spontanné de la respiration ont les faveurs d'Arnaud Desjardins.] "l'attention se trouve [ainsi] intériorisée au lieu d'être fixée sur quelque chose d'autre que nous à quoi nous cherchons à nous identifier. [Cela nous permet de] ressentir plutôt que de penser"

(page 18)

[Autre point d'appui intérieur :]
"le mouvement de l'énergie en nous : en même temps qu'on expire, on perçoit une énergie fine (prana) qui se répand dans tout l'organisme et on peut même se représenter qu'elle se concentre particulièrement dans telle ou telle partie du corps ; normalement, c'est la base de notre structure, le bassin, le ventre (hara) qui est le centre de gravité physique naturel."

[...] "Certains jour la concentration s'avère aisée, certains jours impossible. Ceci dit, comme tout ce à quoi on s'exerce, on progresse."

[Mais Arnaud Desjardins nous met en garde sur cette idée de progrès :] la concentration ne remet pas en question l'état de conscience ordinaire. Elle donne simplement une perception de soi plus calme, plus stable, un point d'appui pour se retrouver soi-même, une aide précieuse pour vivre moins emporté par les émotions.

(page 19)

[...]
Mais dans ces premières tentatives de concentration, il y a moi (mon attention) et, un objet, extérieur ou intérieur. Il subsiste une dualité [...]

[A. Desjardins nous précise ce qu'il entend par le terme] d"identification"
. "On dit que le méditant "s'identifie" à l'objet de sa méditation. Et cette "identification" est présentée comme le but recherché entre tous.[...]. [Or pour A. Desjardins c'est ]au contraire ce à quoi nous tentons d'échapper. Tout notre effort tend  tend à nous désidentifier et voici qu'on nous propose l'identification à l'objet de la méditation comme le beau du beau. Car il est possible de se sentir devenir ce sur quoi on concentre suffisamment longtemps et suffisamment souvent son attention."

Il nous rapporte à ce sujet une histoire de l'Inde, où un jeune garçon qui s'est tellement identifié à sa vache, objet sur lequel son maître l'avait invité à se concentrer (les autres thèmes de concentration n'ayant pas fonctionné), n'arrive plus à passer la porte du fait de ses cornes pour rejoindre son maître.

(page 20)

Cette histoire a pour objectif de nous amener à comprendre la distinction qu'il y a lieu de faire entre "identification" et "identité".

Le maître d'A. Desjardins disait : "Dans chaque asile psychyatrique un certain nombre de malades mentaux se prennent pour Dieu et personne n'aurait l'idée de les considérer comme des sages ou des êtres réalisés."

[... A. Desjardins poursuit : ]
"L'identification c'est vous prendre pour ce que vous n'êtes pas."

"Découvrir votre réelle identité c'est découvrir ce que vous êtes, foncièrement essentiellement, intrinsèquement, ce qui ne peut donc en aucune manière vous être enlevé ou être détruit mais simplement recouvert, comme le silence est recouvert par les bruits divers.
L'identité correspond à ce que vous êtes réellement, ce qui demeure toujours identique à soi-même, qui échappe aux changements, au devenir, aux contradictions -votre propre Soi, indépendant de toutes les catégories de fonctionnements psychiques. Il s'agit de la découverte de notre réalité essentielle qui est aussi la réalité essentielle.

Et la communion, la non-dualité, "être un avec" [...] sont tout à fait autre chose que ce qu'on entend communément par l'identification à l'objet de la méditation."

(page 21)

[...]
[A. Desjardins nous invite à nous méfier] "des méditations dualistes sur un objet autre que [nous]. Elles ne peuvent être que préparatoires et il vaut mieux  choisir un objet intérieur, comme la sensation du corps ou le mouvement de la respiration, parce qu'au moins [nous intériorisons notre] prise de conscience et [nous unifions] la tête et le corps sous le même "joug".
Donc la méditation-et non plus la concentration- est au contraire un non-agir : juste être. Et pour cela, il faudrait ne plus penser, demeurer établi dans le silence, ce qui ne se révèle pas facile. Et c'est pourtant, dès le départ, ce que vous pouvez au moins concevoir et ce que vous pouvez commencez à chercher, en sachant qu'il y aura beaucoup d'obstacles et que ceux-ci ne doivent pas vous décourager. Le Chemin, tout le Chemin en un sens, peut-être considéré comme la levée des obstacles à la véritable méditation."

(page 22)

[...]
[Pour A. Desjardins] la forme la plus juste de la méditation serait [...] de rechercher simplement l'immobilité et le silence intérieurs.

[Il s'agit] non pas à décider de ne plus avoir, au moins pendant une heure, de distractions et d'associations d'idées mais au contraire à les accepter et à voir ce jeu des pensées, puisque vous ne pouvez en fait les éviter. Il va donc falloir composer avec elles.

Par exemple, ne vous y trompez pas, l'immobilité du zazen recouvre pendant longtemps des tempêtes intérieures.
[...]

Le zazen c'est avant tout la posture [...] :

(page 23)

"les genoux appuyés sur le sol, la tenue de la colonne vertébrale, la nuque ferme, la position des mains [...] avec la main gauche sur la main droite, les deux pouces qui se touchent, ni baissés ni relevés, juste droits. Je ne bouge plus, quoi qu'il arrive et je ne laisse pas non plus les distractions submerger la conscience de la posture : ni m'affaisser, ni agiter les doigts.
Et, à l'intérieur de cette immobilité psychique, le psychisme peut se déchaîner : des tourbillons de pensées, de peurs, de désirs, des angoisses, des envies irresistibles de bouger. La règle du jeu est simple : " Je ne bouge pas, je me concentre sur la posture et en même temps je vis ces tempêtes"."
[...]
"Vous laissez faire, on ne s'identifie pas, on est dans ce que l'Inde appelle traditionnellement la position du témoin (sakshin). Et peu à peu vous vous appercevrez que ces tempêtes s'apaisent, qu'il arrive que pendant cinq, dix minutes, il n'y ait plus une pensée, ou simplement une pensée qui passe dans le cerveau et disparaît, et vous commencez à expérimenter le substrat ou le fondement, c'est-à-dire la conscience pure."
[...]
"On peut considérer la consience pure comme l'océan et toutes les pensées, pulsions, volitions, formes de conscience [...] comme des vagues. Ces vagues naissent de cette conscience et elles retournent à cette conscience. Généralement nous n'avons que l'expérience des vagues, c'est-à-dire des formes de conscience et non l'expérience de l'océan, de la conscience infinie."



Résumé et extraits d'Approches de la méditation d' Arnaud Desjardins .- Editions de La Table Ronde, Paris, 1989.

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Publié par Emmanuel de Lussac - dans Arnaud Desjardins
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     "Tu es Cela - Plus proche que proche - Déjà là" 

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Tout comme l'aigle s'en revient à son nid,

à tire-d'aile, lassé de son long voyage.

Ainsi l'âme qui dans le monde relatif et mortel des phénomènes a vécu,

s'en reviendra en elle-même,

Où elle s'endormira, libre de tout désir et de tout rêve

 

 

zafu

 

 

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