Il faut qu'elle soit ouverte par amour, par affection, en toute liberté, et pas dans l'attente de quelque chose.
Et voilà ce qu'est cet état de beauté, cet état de l'esprit qui voit mais ne demande rien." J. Krishnamurti
(mise à jour : 18 janvier 2010)
Ci-dessous le lien vers le sujet dans le forum spiritpartage
a/ L’enracinement, le rattachement à la terre.
b/ sens et limites de l'exercice
c/ les conditions de bases de toutes pratique
d/ Eléments fondamentaux de l'exercice: attitude, respiration, tension.
4/ L'exercice de l'attitude juste
5/ Contraction, détente, tension (Smehen passe ce chapitre)
Le "Hara" n'est pas seulement une méthode doctrinale; c'est l'enseignement d'une pratique au service de l'essentiel. La pratique du Hara aide à la fois dans la maîtrise de la vie en ce monde et dans la progression sur la Voie.
Il s'agit de la Voie qui redonne à l'homme ayant perdu ses racines, la conscience de son origine éternelle et qui le prépare à réaliser sa destination première, c’est à dire à révéler l'Etre dans l’existence.
Le retour en son centre originel de l'homme devenu étranger à lui même a toujours joué un rôle décisif dans l'engagement sur la Voie. L'enseignement et la
pratique du Hara, du centre vital de l’homme, font prendre conscience de ce processus.
Le Hara en tant que pratique de la Voie
Le Hara a toujours deux aspects.
D'une part, il confère à celui qui le possède une force particulière lui permettant de maîtriser la vie en ce monde .
Et d'autre part, la présence de cette force témoigne que l'homme a établi le contact avec les forces surnaturelles de son être essentiel. C'est la possibilité de vivre notre être au service de l'Etre qui constitue le sens profond du Hara. Seul le Hara permet vraiment à l'homme de pleinement réaliser le véritable sens de la vie, c'est à dire de manifester l'être dans l'existence.
En effet, c'est seulement en étant ancré dans le Hara que l'on peut se libérer de la domination du Moi dont les objectifs : sécurité,
possession, valeur aux yeux d'autrui et puissance, cachent les objectifs de l'Etre.
Chez l'homme s'identifiant encore au Moi, le centre n'est pas situé au milieu du corps, dans le bassin, mais plus haut dans la région de la tête/poitrine/coeur;
Trouver le contact avec l'Etre surnaturel et parvenir à son vrai Soi, qui témoigne alors de l’Etre, c'est là le sens profond du chemin intérieur.
Quand elle est consciente, la recherche du Hara signifie donc que l'homme s'engage sur la voie intérieure, et la consolidation progressive du Hara montre que l'homme progresse sur cette Voie.
Considéré sous l'angle du chemin intérieur, la force que le Hara donne pour faire face à l'existence ne représente qu'un effet secondaire découlant du contact profond avec les forces
originelles de la Grande Vie. En l'homme qui, grâce au Hara, s'est libéré de l'emprise de son égoïsme surgit une force
supérieure.
Ce qu'elle est exactement échappe à notre entendement. Cependant, on peut l'appréhender d'après la façon dont elle agit : d'après la qualité particulière des expériences vécues, en fonction des conditions dont dépend son efficacité ainsi qu'à travers l'exercice d'un certain état d'être. On ne doit jamais en effet perdre du vue la recherche de cet état qui permet de ressentir cette force avec bonheur et d'en témoigner dans son existence.
Il apparaît donc que la progression systématique sur la voie intérieure dépend de trois facteurs : l'expérience vécue, la
prise de conscience et l'exercice.
Seul celui qui souffre de son état actuel et a soudain le sentiment de quelque chose qui lui promet une libération intérieure, un sens plus noble de la vie et un bonheur profond est prêt à une
métanoïa et peut alors accepter la nourriture surnaturelle qui va l'animer et lui ouvrir de nouveaux horizons.
(métanoïa (voir lien source ici)= Le mot métanoïa est traduit par " pénitence " ou par " repentance ", mots devenus suspects en Occident, tant ils sont entachés d'une spiritualité doloriste. Métanoïa signifie " au-delà de nous ", au-delà de l'intellect, de notre raison rationnelle et se rapporte à un mouvement de conversion ou de retournement par lequel l’homme s'ouvre à plus grand que lui-même en lui-même. Le repentir est une ré-orientation du désir qui s'exprimait par rapport au monde et qui maintenant est orienté vers Celui qui est Source de désir en nous car il est Source de vie.)
Il lui faut ensuite prendre conscience de la nature particulière de cette expérience, des circonstances qui permettent à cette dernière de survenir ainsi que des conditions qui le maintiennent constamment au contact de "l'autre dimension' qui se manifeste dans cette expérience.
Il n'y a qu'une claire prise de conscience qui puisse conduire à une progression qui ne soit pas une poursuite de mirages
, mais qui, au contraire , aboutisse à la réalisation d'une forme de vie conforme aussi bien à l'être qu'aux exigences de l'existence , et cela sur la bases d'expériences
vérifiables.
Lorsque l'expérience première, qu'elle soit ressentie avec étonnement, bouleversement, ou bonheur, ne fait pas l'objet d'une prise de conscience, on ne dépasse pas le stade du simple sentiment ou de la pulsion momentanée.
Toutefois, il ne suffit pas de connaître la signification d'une expérience, c'est à dire de saisir ce qui est, pourra et devra être . L'homme en effet,
court toujours le danger de s'abandonner à l'illusion qu'il est ou pourra être ce dont il a pris conscience.
Il faut encore acquérir par l'exercice l'état d'être qui, en éliminant les éléments sclérosés et en favorisant la
progression d'éléments nouveaux, lui donnera la possibilité de réaliser ce que l'expérience et la prise de conscience lui promettent.
Il est surprenant de constater à quel point "l'exercice" compris comme exercitium, facteur décisif de la progression sur le chemin intérieur, est tombé dans l'oubli chez les hommes de notre
époque et en particuliers chez les Occidentaux. Il faut pourtant bien voir que, sans exercice, rien ne peut changer en nous....
....Les expériences qui sont vraiment importantes pour la prise de conscience et la consolidation du Hara sont celles que l'homme vit au moment où il
passe de l'état de personne dépourvue de Hara à celui de personne possédant le Hara.
Ces expériences sont d'une tout autre nature ; il s'agit d'une modification de la façon de voir la vie ; le monde
prend soudain "une couleur totalement différente". L'homme fait alors l'expérience de forces nouvelles concernant à la fois la connaissance, son propre comportement et tout le champ de son
activité.
La prise de conscience dont il est ici question s'applique essentiellement au rapport entre le Moi et l’être et à tout ce qui donne accès-ou au contraire barre l'accès- au chemin conduisant du
Moi à l'Etre et à l'intégration de ce "moi" dans l'être.
a/ L’enracinement, le rattachement à la terre.
Toute pratique au service du chemin intérieur commence inévitablement par un retour en arrière. Dans ce mouvement, le Moi ambitieux qui, s'appuyant sur toute la gamme de ses représentations et de ses concepts, tend vers le haut et y maintient fermement son
emprise, est amené à lâcher prise et à plonger dans les profondeurs de l’origine, là où tout est refondu et ne fait plus qu'un avec le Grand Tout.
Déjà, au niveau de la conscience simple, il existe une connaissance de la force vivifiante de la nature originelle. L'homme qui ne s'appréhende qu'à travers la pensée rationnelle a tendance à
ne chercher la transcendance qu'"en haut" ; dans la mesure où il est prisonnier de l'esprit objectivant. Mais l'homme naturel,
spontané, a toujours su et sait bien encore aujourd’hui qu'il existe aussi une transcendance d' "en bas".
Lorsque domine la conscience objective, l'homme perçoit tout sous l'angle des contraires. Il oppose la nature, la matière, à l’esprit, à l'immatériel ; dans son jugement des valeurs, il la
situe "en bas" de l’échelle.
Ainsi comprise, l'évolution de l'homme part de la simple nature matérielle, passe par l'acquisition de la conscience rationnelle pour aboutir aux valeurs du vrai,
du bien, du beau et culminer dans le sacré. La personne chez laquelle le rationnel prédomine voit surtout dans la nature de l'homme le côté imprévisible
de ses pulsions et ne reconnaît en elle que les valeurs de l’agréable, du plaisir et de la jouissance sensuelle. Elle ne peut concevoir de valeur dans la nature que si elles ont été
"sublimées». Or, l'expérience originelle, spontanée, fait découvrir tout autre chose....
b/ sens et limites de l'exercice
Seul celui qui pratique en étant conscient du sens et des limites de l'exercice ne risque pas d'emprunter un mauvais chemin. Le
débutant devra donc d'abord savoir ce qu'il cherche à atteindre à travers l’exercice, autrement dit quel est le sens de ce dernier, de même qu'il devra connaître les conditions qu'implique
l'accomplissement de ce but.
Le sens de l'exercice au service du chemin intérieur n'est pas l'acquisition d'une plus grande connaissance matérielle ou d'un savoir
meilleur savoir faire, mais la réalisation d'une façon d'être d'un niveau supérieur. il s'agit de développer peu à peu en l'homme un état d'être qui lui permette de répondre à sa destination la
plus haute qui est de
manifester à travers son être essentiel.
La personne qui en s’exerçant, ne perd jamais de vue ce but, tombe facilement dans l'erreur de croire
que la réussite de ce qu'elle a accomplit lui revient entièrement, et ce d'autant plus que toute pratique demande beaucoup de volonté et une grande ténacité. Seul échappe à ce piège celui qui
n'oublie jamais la condition fondamentale de tout exercice, c'est à dire la présence de forces vitales qui agissent sans que l'homme en ait conscience, sans sa participation, et qui, cependant,
œuvrent à la réalisation de sa personne tout entière. ...
c/ Les conditions de bases de toutes pratiques
Comme toutes pratique, celle du Hara implique, pour être couronnée de succès, certaines conditions chez l'homme
1/ un besoin [...]
2/ avoir un certain état d'esprit (ne pas rechercher dans l'exercice la réussite matérielle , un
pouvoir accru mais seulement un gain intérieur c'est à dire une progression sur le chemin intérieur) [...]
[Commentaire perso : le point 1 et 2 a été mis en discussion en moi, après également recueil d'avis extérieur, si ce besoin n'était pas là après une pratique assidue, nous abandonneronsl'exercice. Difficile quant au point 2 à se déterminer cherchons nous un pouvoir accru ? Oui sur nous-même..sur autrui : non nous ne le pensons pas...mais vigilance...]
3/troisième condition, posséder une volonté ferme
4/ avoir une faculté d'engagement total
5/ avoir la capacité de garder le silence [...]
d/ Eléments fondamentaux de l'exercice: attitude, respiration, tension.
La pratique du Hara visant à faire prendre intérieurement conscience à l'homme de l'unité originelle dans laquelle tous les contraires sont fondus, la
question se pose de savoir comment cette unité peut se manifester.
Pour connaître la réponse, il suffit d'être soi-même exercé, pendant un certain temps, à l'assise en silence. Si elle est correctement pratiquée, on constate, immanquablement et très vite qu'elle a un effet salutaire aussi bien sur le physique que sur le psychisme.
Il faut donc qu'il y ait un troisième facteur à l’œuvre, qui ne soit du ressort ni du corps ni de l’âme. Ce n'est en fait, pas autre chose que l'homme tout entier, cette entité rétablie grâce à l'exercice dans une mesure plus ou moins grande. Or, l'unité essentielle de l'être humain serait difficile à saisir si elle n'apparaissait dans trois de ses fonctions qui sont justement pour l'homme un moyen d'expression et de réalisations, fonctions dépassant la dualité corps-âme : l'attitude de la respiration, différente d'une personne à l’autre, ainsi que la fonction dont le corps est à la fois tendu et détendu, c'est à dire dans ce qu'on pourrait appeler le rapport tension-relâchement.
Il est donc possible de juger un homme d'après les formes défectueuses de sa manière d'être dans le monde et de lui faire acquérir la forme juste grâce à
l’exercice. Il devra s'exercer à avoir l'attitude juste, à bien respirer et à se trouver dans un juste rapport de tension-relâchement. On peut donc
commencer la pratique du Hara en travaillant à corriger ces trois fonctions dont la signification dépasse l'opposition corps-âme.
L’Occidental est en général étonné d'apprendre que l'exercice de l’attitude, de la respiration et du rapport tension-relâchement a une
telle importance dans la recherche du centre juste. Il est enclin a considérer ces fonctions comme quelque chose de "physique" et ne comprend pas en quoi leur pratique peut lui donner accès à
la transcendance .....
....L'expérience montre que l'exercice du centre de gravité "juste "commence par la position suivante : les jambes fermes, largement écartées, le buste ample et droit, les bras pendants, le regard à l’infini, c'est à dire dans l'attitude qui exprime ce que chacun de nous est, en fait, destiné à être : quelqu'un de droit, de libre et manifestant la lumière.
[Quelle posture prendre ? Debout, assis, si assis, quelle
posture assise ? voir discussion forum spiritpartage...: http://spiritpartage.forumactif.com/meditation-relaxation-massage-affirmation-positive-visualisation-sophrologie-f1/hara-t2283-45.htm?highlight=hara]
Il est essentiel qui s'exerce commence toujours par essayer de trouver cette attitude de base tout à fait naturelle dans laquelle il est ancré en lui même tout en
étant relié au monde, et qu'il ne pense pas tout de suite au ventre. Il ne devra travailler les différentes parties de son corps qu'après s'être mis dans cette attitude de base, non par une
approche extérieure mais intérieure.
Dans l'exercice du chemin intérieur, il est déterminant de sentir le "corps intérieur" . Cela nécessite la formation, puis
l'affinement d'un organe spécifique, l'organe de la perception intérieure.
A cette fin, il est recommandé au début de fermer les yeux, de garder le silence et d'essayer de sentir
intérieurement le corps que l'on "est" intérieurement , sous la peau. Il faut ensuite progresser lentement du haut vers le bas et du bas vers le haut , sentir toutes les tensions et les relâcher ; il convient en particuliers de prêter attention à la respiration , de connaître son mouvement de va et vient. On
arrive ainsi peu à peu à prendre conscience de son corps intérieur.
Alors, sans modifier son attitude, c'est à dire sans s'affaisser sur soi-même, on doit se laisser légèrement glisser dans l’expiration, qui devient alors automatiquement plus longue que
l'inspiration.
On prend son temps et l'on répète cet exercice jusqu'à ce que se produise le premier mouvement menant à l'attitude juste : le lâcher prise ; on se relâche dans les épaules au début de l'expiration.
On ne pousse pas les épaules vers le bas, mais on se relâche dans les épaules par ce mouvement de lâcher prise.
Celui ci s'accompagne immédiatement d'un deuxième mouvement: l'assise ; on s’installe, on s'assied pour ainsi dire dans son bassin à la fin de l'expiration. Ces deux premiers mouvements sont en fait que les deux parties d'un seul et même mouvement de haut en bas.
Mais il n'est pas si facile de passer de l'un à l’autre, car ce passage ne s'effectue pas de lui-même. Comme preuve de cette difficulté, il suffit d'essayer de lever les épaules et, en même temps, de rentrer légèrement le ventre, puis de relâcher le haut du corps ;
on constate qu'aucun changement n'est pour autant survenu dans la partie inférieure du corps. Le fait de "s'installer dans son bassin" apporte donc quelque chose de nouveau. Souvent, un débutant arrive à se relâcher plus ou moins en haut, mais il lui est beaucoup plus difficile de "s'installer dans son bassin" avec confiance sans toutefois s'affaisser.
Généralement cela traduit une certaine peur de devenir la proie des forces obscures et montre clairement la tendance naturelle de l'homme à se crisper dans la
partie supérieure du corps et, par là même, à se sécuriser. Il va de soi que ce mouvement naissant dans les épaules et se terminant dans le bassin doit en définitive ne plus constituer qu'un
seul et même mouvement. Mais plus le débutant a conscience de ce qu'il doit faire et plus il constate combien il est tendu au niveau des épaules et se retient "en haut" plus il se rend compte
qu'il est loin de "s'installer " avec confiance dans son bassin et de se laisser porter par lui. C est ainsi qu'il comprend à quel point il se cramponne au domaine du Moi.
La technique du Hara comporte encore un troisième mouvement qui est, en fait, le plus important : l' "acceptation" juste du bas ventre. Elle doit
survenir à la fin de l’expiration. Il convient ici de ne pas commettre l'erreur
ancienne -et renouvelée de nos jours par certains adeptes du yoga- qui consiste à considérer que le ventre se gonfle à l'inspiration et se creuse à l'expiration.
Il faut distinguer d'une part, respiration naturelle et respiration "complète" caractéristique du yoga, et, d'autre part, estomac et bas ventre. Certes, l'épigastre se creuse à l'expiration et ressort quelque peu à l'inspiration, les flancs eux même prennent un peu de volume à l'inspiration et diminuent à l’expiration.
(Epigastre : zone 2, en haut et au milieu)

Mais dans l'expiration pleine, le bas ventre s’avance, fait bien connu des chanteurs non déformés par une technique de soutien différente. C’est dans ce mouvement par lequel le bas ventre ainsi que la région lombaire prennent de l'ampleur que le Hara trouve son expression corporelle propre. Celui qui s'exerce à peu à peu l'impression de prendre la forme d'une poire ou d'une pyramide, ou bien il se sent comme soutenu par un socle large et solide ou encore ancré dans le sol par une puissante racine.
Mais il ne servira à rien de laisser simplement tomber le ventre. Il serait également faux de le gonfler ou de le faire sortir. Il suffit en fait, de libérer le bas ventre de toute tension et d'y mettre un peu de force. Le but recherché est de sentir cette force au niveau du bassin, autrement dit au niveau du bas ventre, des reins et de tout le tronc. Un exercice simple permet de mieux en prendre conscience: il consiste à enfoncer lentement et profondément son poing fermé au dessous du nombril ; puis les épaules relâchées et sans bouger le moins du monde le reste du corps, à essayer de faire sortir le poing d'un petit coup brusque par la seule force de la musculature du bas ventre.
Si l'homme parvient à y "jouer du tambour" sans que cela soit désagréable, il possède une stabilité inébranlable. Nul ne peut alors le renverser. Mais même arrivé à ce stade, on peut quand même commettre une erreur : durcir l’épigastre. Aussi faut il détendre cette région tandis que le bas ventre reste
légèrement tendu. Alors seulement on se sent détendu dans l'ensemble de sa personne, mais en même temps solide, bien "enraciné en bas" dans le centre de gravité juste.
[....]Par ailleurs, l'attitude juste va de pair avec une juste conscience de cette attitude. Ainsi, cela fait il parti intégrante de l'exercice de
l'attitude juste que de se demander où (dans son corps) l'on prend conscience de soi même et de connaître ce que l'on ressent alors. [...]
[...] le sentiment d'être plus solide, plus équilibré et plus calme conduit, si l'exercice est poursuivit convenablement (le quotidien comme exercice), à toute
une évolution de la personne qui signifie beaucoup plus qu'une nouvelle façon de se tenir. Il ne s'agit pas seulement d'une nouvelle attitude physique, mais également d'une transformation
profonde de la personne. Le fait de s'ancrer peu à peu dans une base plus profonde et plus large correspond à un changement de la personne elle même [...]
Celui qui trouve étonnant qu'une modification aussi importante soit fonction de la position du centre de gravité n'a pas encore compris tout ce que
bloquent les tensions situées dans la parte supérieure du corps et que, placé au milieu du corps , le centre de gravité permet à l'homme de se libérer des tensions inhérentes au Moi dominateur
. Enfin relié à son centre vital, il trouve dans ce dernier le support nourricier qui lui permettra de poursuivre son évolution, support dont la force jaillit de la plénitude de l'être
.
Il en va ainsi de l'homme qui a préparé en lui même le terrain permettant le "juste montée" des forces spirituelles et la réception, par ailleurs, de tout ce qui lui est donné "d'en haut».
C'est pourquoi celui qui est ancré dans son centre ressent bientôt avec étonnement non seulement une détente physique dans le haut du corps , mais
également une transformation de tout son être enfin libéré d'une longue captivité. Il devient une "forme" conforme à son être essentiel. Au début, ce sentiment ne dure parfois qu'un instant.
Mais cet instant suffit à indiquer la direction à prendre pour que se dévoile le véritable sens du Hara.
Ce mouvement vers le bas signifie l'abandon du carcan que l'homme s'est forgé pour se sentir en sécurité et se défendre, donc l'abandon d'une forme de vie dominée par l'insatiable désir de
sécurité du Moi.
Le mouvement qui le conduit à son centre vital le place en terrain sûr, terrain qui n'est pas le fruit de sa volonté, mais qui est préexistant en lui et qu'il trouve , à condition d'avoir confiance.
Ainsi, le passage à l'attitude caractéristique du Hara signifie le passage d'un état de tension et de méfiance à un état de
confiance sereine. C est un terrain qui porte l’homme, sur lequel il peut s’appuyer. Et c'est pour cette raison qu'il lui est possible de se relâcher en haut. Ce support permet aux personnes
qui l'utilisent de s'ouvrir à l'union avec la "Terre Mère" , source de détente et de libération de tout ce qui est caché par le Moi, à condition, toutefois , qu'elles lui fassent pleinement
confiance et y trouvent leurs racines [...]
Celui qui pratique doit apprendre à "sentir" que l'attitude juste lui confère peu à peu le contact avec l'Etre. Il doit sentir s'éveiller en lui une nouvelle sorte de conscience qui le pousse à
établir le contact et qui, sans cesse , l'amène à rectifier spontanément son attitude , à se sentir d'une façon qui correspond à son être essentiel -qu'il soit debout, assis , ou en train de
marcher- à travailler à une forme qui soit transparente et à une transparence qui conserve une forme.....
Plus l'homme prend conscience de ses fausses positions et plus ils perçoit leurs effets néfastes qui sont de trois ordres: ils bloquent ses possibilités naturelles , que ce soit en ce qui
concerne la stabilité physique ou la force d'affirmation de soi dans l'existence , ils contreviennent à la loi de la forme conforme à son être essentiel , qui lui permet de servir le monde ,
sans peur et libéré du Moi. et enfin, ils constituent un obstacle à la transparence qui , seule rend l'homme capable de remplir sa destination , c'est à dire de rendre capable de remplir sa
destination , c'est à dire de rendre hommage à l'être divin et non au Moi égocentrique par sa manière de sentir , d'aimer et de créer tout au long de son existence. [...]
L'art d'être assis grâce au Hara
Celui qui a compris que l'exercice en tant qu’exercitium ne vise pas à l'apprentissage de quelque pratique extravagantes, mais à faire retrouver les
formes fondamentales du comportement, sait que les actions les plus simples, la façon de marcher, de se tenir debout ou assis, par exemple, constituent un champ infini d'exploration de
l’exercice.
C'est l'exercice des postures les plus élémentaires qui lui fera prendre conscience de son attitude fausse et lui permettra
d'exercer l'attitude "juste». Pour celui qui s'est rendu compte que la valeur de toute progression sur la Voie intérieure se manifeste nécessairement à travers le comportement dans l'existence
et que ce comportement ne saurait apparaître autrement que dans la façon dont l'homme se sent dans sa peau , c'est à dire dans le corps qu'il est , l'exercice de la posture juste ne prend
jamais fin. C'est dans ce domaine que l’homme, à chaque instant, reflète ce qu'il est , dans sa personne tout entière [...]
Rien ne permet mieux que la respiration de prendre conscience de notre appartenance à la Grande Vie . Aussi n'existe t il pas d'exercice au service de la Voie qui ne tienne compte de la
respiration.
Si nous réussissons à percevoir la loi de transformation qui se manifeste et s'exerce dans la respiration, si nous parvenons à saisir toute sa signification et si
nous apprenons à nous régler sur elle, c'est que nous sommes déjà sur la Voie. Dans les lignes qui suivent, la respiration sera considérée uniquement sous l'angle de la voie intérieure.
L'exercice de la respiration comporte 3 étapes.
Dans la première, il s'agit de prendre conscience de la respiration au sens physique du terme, de la corriger et de l'exercer pour servir le Moi élémentaire et sa santé.
La deuxième consiste en la prise de conscience, la correction et la pratique de la respiration "personnelle". Cet exercice est au service de la personnalité qui fait ses preuves dans le monde si elle sait faire alterner affirmation de soi et don de soi. Ce n'est pas le corps que l'on exerce ici, mais la personne, pour parvenir, grâce à la respiration, à la forme existentielle "juste».
Quel que soit son rôle dans la vie, l'homme ne trouve l'énergie nécessaire à l’action, ne produit un travail adéquat, n'établit des rapports non égocentriques, autrement dit ne parvient au contact "juste" que si sa respiration est "juste».
Une respiration troublée ou haletante indique que la personne elle même est troublée.
Dans la troisième étape, il s'agit de la prise de conscience de l'exercice de la respiration au service de la transcendance, c'est à
dire dans le but d'acquérir cet état d'être tout entier dans lequel l'homme en tant que personne est transparent à l'être présent en son Etre essentiel.
A chacun de ces stades , l'homme ne "se remet en ordre" par l'exercice de la respiration que s'il réussit à s'ancrer dans le centre vital , car c'est pour lui la seule façon de se libérer de
tout ce qui, lorsqu'il respire mal , gêne sa santé ,sa "forme" existentielle et le développement de son être essentiel....
[... ]La respiration juste n'est pas le produit de la volonté mais va et vient d'elle
même, sans que le Moi agisse, consciemment ou inconsciemment. Si le mouvement naturel du diaphragme est réduit, le relais est pris par un mouvement des muscles auxiliaires situés plus
haut. Tout exercice "juste" de la respiration "physique" a pour but de restaurer la respiration diaphragmatique. Cela a un
effet salutaire à tous les niveaux. Tout d’abord, au stade élémentaire, c'est à dire lorsque la respiration thoracique est limitée et la respiration profonde impossible, comme dans le cas
d'affections pulmonaires ou de troubles cardiaques (pseudo-angines de poitrine).
Au niveau de la personnalité existentielle, la respiration bloquée en haut indique que l'homme est prisonnier du Moi qui reste toujours sur la défensive et, par conséquent, n'est pas encore
vraiment ouvert à autrui ni au monde. Son Moi manquant de confiance lui fait croire qu'il doit tout faire et tout surveiller lui même, donc aussi la respiration.
Il ne la laisse pas partir et venir naturellement, mais la force et déforme l'expiration complète, profonde, par une résistance. En d'autres termes, il ne sait
pas lâcher prise ni s’abandonner. Aussi cet inconscient blocage respiratoire signifie t il un blocage sur la Voie intérieure qui exige le lâcher prise, l'abandon du Moi.
La première chose à apprendre est donc: laisser s'accomplir de lui même le phénomène de la respiration. Cela est beaucoup plus
difficile que l'on a tendance à le croire. Il est difficile de faire disparaître la tension involontaire due au Moi toujours inquiet, qui se manifeste par un contrôle et un blocage inconscients
de la respiration. On s'en rend compte la première fois que l'on fait attention à sa respiration.
L'homme a un long chemin à parcourir pour apprendre à bien respirer consciemment, en laissant venir naturellement la
respiration. L'exercice de la respiration "juste" est un exercice fondamental qui, lorsqu'il est compris comme exercitium, est utile tant aux bien portants qu'aux malades. Même le non
débutant ne peut en être tenu quitte ...
Ainsi, la respiration juste, qui est entravée lorsque le centre de gravité est situé trop haut, se rétablit naturellement dès que l'homme trouve son centre de gravité juste. A peine s'est il
installé en son centre, ancré dans le Hara, que son diaphragme s’ouvre, son souffle va et vient librement, pouvant alors porter ses fruits dans tous les domaines.
Aussi toute thérapeutique respiratoire comme tout exercice de respiration doivent ils commencer par l'acquisition du centre de gravité juste. Tant qu'il n'aura pas été trouvé et consolidé, tout effort pour respirer sera vain, et notamment, si la volonté rentre en jeu....
L'exercice de la respiration juste doit commencer par une descente "vers le bas" , c'est à dire mettre l'accent sur l'expiration
.
Si l'exercice débute , au contraire , par une "montée vers le haut" et , de plus, fait appel à toutes les forces de la volonté , il se produit quelque chose qui correspond à l'idée préconçue que l'européen se faisait des résultats de l'exercice et qui , par conséquent , l'enthousiasme , mais , en même temps, le pousse à superposer une forme artificielle , pur produit de sa volonté , à un état de tension déjà existant ou bien à un état de dissolution. Il en résulte dans le meilleur des cas que l'homme éprouve immédiatement après l'exercice le sentiment d'avoir accru sa force vitale et se sent peut être pour un moment en forme sur le plan physique.
Mais cela entraîne un renforcement de l'hypertrophie préexistante des structures du Moi et de la volonté, et à l'impression de force fait souvent place un
relâchement total. Il s'ensuit une tension pouvant engendrer des crises d'asthme au lieu de la forme "justement tendue" qui était initialement recherchée. il peut aussi advenir qu'à la forme
artificiellement acquise succède un état d’épuisement. Découragé, l'homme cesse alors de s'exercer.
Il faut en général un temps assez long pour que le débutant comprenne que la respiration ne dépend pas, au fond, de sa volonté, mais
que "quelque chose en lui respire». C'est justement par la respiration qu'il doit apprendre à faire confiance à la Grande Force et à
l’éprouver,
Cette force qui lui permet de rester en vie sans la moindre participation consciente de sa part. Celui qui ressent vraiment pour la première fois la différence entre "ce qui respire en lui" et le fait qu’il respire», vit une expérience qui compte parmi les plus grandes, les plus impressionnantes et les plus heureuses qui puissent être données à l'homme commençant à avancer sur la Voie qui révèle la Grande Vie. (Il faut souligner à ce propos que, souvent, le débutant s'imagine trop tôt avoir vécu cette expérience).
A la suite d'une telle expérience, il a une plus grande facilité à laisser venir ce qui doit venir et à s'effacer en tant que personne "agissante". Puis un jour, il découvre que sur le chemin qui mène au vrai Soi, il ne saurait y avoir d'action volontaire que pour éliminer ce qui ne doit pas être. En revanche, tout ce qui doit être émerge tout naturellement des profondeurs dès que la voie est libre.
[....] Dans la deuxième étape de l’exercice, l'homme apprend à se débarrasser d'une "forme" existentielle défectueuse et à trouver, en acceptant le libre va et vient de la respiration, une "forme" qui corresponde à la qualité d'une personne ouverte à la vie.
La compréhension passe nécessairement par l'expérience ; il faut d'abord faire l'expérience que toute chose entreprise, travail ou action, est gâchée dès que l'on "est là" dans une "forme" défectueuse, bloquée, et que l'on retient le souffle avec anxiété. L'entreprise réussit à partir du moment où l'on agit dans le calme d'une expiration, non à cause de l'air qui sort ou de la détente musculaire qui s’ensuit, mais parce que le fait de se lâcher élimine le Moi anxieux et permet aux facultés existantes de s’exercer. C’est seulement si le Moi défensif et conservateur apprend à lâcher au cours de l'expiration que le terrain deviendra favorable au développement du Moi "juste". Le lâcher prise de la forme existentielle du sujet dominé par le Moi est la condition préalable à l'apparition de la personnalité "juste».
Celui qui réussit à se lâcher dans l'expiration fait, à travers l’inspiration, l'expérience de la liberté qui assure la
personnalité "juste», c'est à dire solide, apte au travail et au contact humain. S'il se donne pleinement dans l’expiration, l'homme reçoit en retour une nouvelle personnalité : il se sent plus
lumineux, plus libre et dans la forme juste. Mais tout lâcher prise a pour condition préalable un fond, une base sur laquelle on peut s’appuyer,
s'installer et c'est ce qu'apporte le Hara.
Dès que le lâcher prise du Moi a commencé et qu'il se fait consciemment, dès que par la suite, l'homme manifeste une plus grande participation à la
réalité concrète, au travail, ainsi qu'une plus grande ouverture à autrui et à la communauté, il montre qu'il entretient un nouveau rapport avec le monde et c'est justement ce rapport nouveau
qui lui donne la possibilité de passer à la troisième étape de l’exercice.
Lorsque, à la place de l'affirmation de soi, apparaît le don de soi, et que, au lieu de se fermer, l'homme s'ouvre ; qu'il se lâche au lieu de s'accrocher ; qu'il désire servir au lieu de
vouloir posséder, alors il est sur le point de devenir un homme complet. Il fait déjà sienne l'alternance du "devenir" et du "disparaître». Il accomplira alors un pas de plus vers la
transparence en apprenant à accepter consciemment de passer de l'état de la conscience caractérisée par la claire vision à la pénétration dans les ténèbres de la vie de l’inconscient. Ici
encore, l'homme doit pour y parvenir exercer le geste de la confiance.
Abandonner les positions du Moi pour s'abandonner au fond demande plus de courage qu'on ne le suppose. C'est seulement peu à peu que l'homme
apprend à connaître son obstination orgueilleuse et sa méfiance à l'égard de l'incompréhensible dont il participe pourtant dans son être essentiel.
Mais cependant , s'il ose faire "descendre" son centre de gravité pour trouver le centre vital , s'il se sent emporter par le souffle de la grande vie au moment
où il fait preuve d'une ouverture confiante , il acquiert une forme de confiance fondamentale différente qui lui donnera l'accès aux profondeurs inconnues de la vie et , par là même , lui
permettra de se trouver au sens profond du terme . Seul ce nouveau sentiment de confiance originelle en la vie lui offrira la possibilité de s'épanouir à partir de son être essentiel, en homme
libéré de l'emprise peureuse du Moi. C’est là le sens de l'exercice de la respiration au cours de la troisième étape. L'exercice sert, dans ce cas, à l'acceptation consciente de ce mouvement
qui conduit à la transparence. C’est alors seulement que l'exercice de la respiration devient véritablement un exercitium ad integrum.
....
... L'exercice de la respiration devient un exercitium lorsque le mouvement de transformation auquel il tend est exercé en pleine conscience et
éternellement répété. La meilleure préparation à ces exercices est l'exercice du silence dans lequel il s'agit non de se concentrer sur un objet particulier, mais de libérer le plus possible la
conscience de tout ce qui l’habite, c'est à dire de la rendre vide -ce qui, en réalité, veut dire qu'elle est toute remplie du mouvement de la respiration et du mouvement de transformation que
constitue cette dernière.
Plus celui que s'exerce réussit à faire l'expérience de sa personne en train d'inspirer et prend
conscience de lui même par la respiration , plus vite disparaît en lui l'observateur critique cherchant à guider la respiration et apparaît une forme d'observation intérieure , opposée à cette
attitude première -
c'est exactement à ce moment là que le stade de la concentration sur la
respiration fait place à celui de la méditation par la respiration [...]
[...] Voici quelques indications sur la façon dont la méditation en silence doit être accomplie. Dès qu'on se trouve dans la position assise "juste», il faut fermer les yeux, se mettre en
position d'écoute intérieure et observer sa respiration. Chez le débutant, cela a souvent pour effet de bloquer la respiration ou bien de la faire "monter" sans qu'il s'en rende compte.
Ce sont là des conséquences de la tendance objectivante et fixative du Moi. Plus le sujet parvient à laisser faire , à laisser agir en lui la force vitale , et apprend , en particulier , à éviter d'intervenir aussi peu que possible dans l'inspiration , plus ce Moi lâche prise . La meilleure façon de s'observer intérieurement consiste à constater avec un certain émerveillement désintéressé qu'il y a quelque chose en bas qui va et vient sans cesse, tout naturellement et indépendamment de la volonté.
Au bout d'un moment, il est conseillé au débutant, parce qu'il est encore centré trop "haut», de se laisser à plusieurs reprises glisser calmement dans l'expiration et de s’installer, de s'ancrer dans son bassin , sans pour autant s'affaisser sur lui même . Il s'ensuit la prédominance de l'expiration sur l'inspiration de sorte que, bientôt, s'établit un rapport d'environ trois à un.
On peut alors passer à l'accomplissement conscient des différentes phases du mouvement de la respiration, considérées comme les étapes du mouvement de la
transformation personnelle. Au début de la respiration, il y a la phase du lâcher prise, à la fin, celle de l’ouverture, de l'installation dans le
bassin et, entre l'expiration et l’inspiration, la phase de l’union, de la fusion ; puis vient l'inspiration ou phase du retour, du renouvellement....
La pierre angulaire de cet exercice est la troisième phase , l'union avec le fond(le ventre/ note Smehen ) . C'est là que s'effectue la métamorphose : le Moi s'étant totalement abandonné, le
sujet est libéré de la forme ancienne. Mais à la fusion succède très vite la "remontée" qui rend possible le renouvellement à travers une nouvelle forme conforme à l’être. ces deux moments
cependant sont séparés par une "mort». L'importance de la transformation dépend de la façon dont cette "mort" a été ressentie au cours de la phase de fusion. Cet "instant" qui dure peut être
une fraction de seconde, peut donner lieu à une rencontre bouleversante -qui peut durer indéfiniment-avec les forces profondes de l’être, aussi bien avec les forces obscures qu'avec les forces
lumineuses. il peut même arriver alors que le sujet perçoive alors une force cosmique, une plénitude brillant dans un espace infini. il ne fait aucun doute que l'enracinement dans le centre du
corps que l'homme est en tant qu'être terrestre, lui révèle de façon toujours renouvelée le mystère de l'origine et de la métamorphose. En effet, la descente dans les sombres entrailles de la
terre signifie en même temps une montée vers la lumière. C’est seulement grâce à cette montée venant du "fond" que le mouvement de transformation peut porter ses fruits, c'est à dire donner
naissance à la forme nouvelle qui s'accomplit au cours du mouvement vers le haut.
Dans la phase de l’inspiration, celui qui s'exerce "remonte" naturellement, comme poussé par une vague. il ne s'agit pas ici d'un mouvement du corps -comme le débutant à tjrs tendance à le
croire- mais l'expérience d'une montée intérieure aboutissant à une forme chargée de force lumineuse. Aux phases du lâcher prise, de l'installation dans le bassin et de la fusion, qui
caractérisent le mouvement vers le bas, correspond la montée lumineuse qui se manifeste par un renouvellement de toute la personne, par une forme nouvelle.
La liberté vécue ici au niveau de la plénitude se révèle être en même temps la liberté de lâcher à nouveau la forme acquise. C'est alors que la roue de la
transformation a accompli une révolution. Au point de conversion situé "en bas" correspond un point de conversion situé "en haut". Considéré sous cet angle , l'exercice ne se divise pas en
expiration et inspiration , mais constitue un seul et unique mouvement de va et vient au cours duquel l'homme s'installe d'abord dans son bassin , s'unit avec le fond de l'être puis amorce un
mouvement vers le haut , pour "remonter" sous une forme nouvelle , se réaliser en elle , et la "lâcher " à nouveau . trouver un rythme entre les différents moments du mouvement , selon le
niveau où l'on se trouve dans la pratique de la voie et , par la suite , selon le sens particulier de l'exercice . Le sens de ce travail demeure toujours de doter l'homme d'une plus grande
transparence .......
...... Même le peu qui a déjà été dit sur la nature et l'exercice du Hara ne saurait être compris de quelqu'un qui n'aurait pas commencer à s'exercer lui même . Pour celui qui n'a pas
d'expérience personnelle en la matière, tout ce qui a été rapporté sur les résultats obtenus par l'exercice du hara doit nécessairement sembler exagéré et invraisemblable. Et le débutant, lui
aussi, a toujours tendance à sous estimer le sérieux, la détermination, la persévérance et la fidélité qu'implique la véritable pratique.
Pour pouvoir atteindre son but, la pratique du Hara ne doit pas être limitée à certaines heures destinées aux exercices. Ces derniers peuvent seulement
contribuer à doter l'homme de l'état d'être "juste" , à former et à développer le "corps correspondant à la voie", qui devient peu à peu un organe interne permettant à l'homme de remarquer
rapidement , dans la vie quotidienne , la présence d'une mauvaise attitude et de la corriger pour ainsi dire automatiquement . Mais l'exercice ne porte pleinement ses fruits que s'il fait
partie de la vie quotidienne tout entière de sorte que celle ci devient le champ même de l’exercice.
Celui qui s'exerce régulièrement, fidèlement, ne tarde pas à découvrir quelle est la signification du Hara dans toutes les situations de sa vie. Il en
reconnaît bientôt les effets salutaires que ce soit dans le travail physique et spirituel, dans la force créatrice ou dans l'amour , dans l'ensemble de son comportement vis à vis de ses
semblables et de son travail, ou encore dans l'organisation de sa vie et dans sa façon d'accepter son sort . et il n'y a rien d'étonnant que ces effets soient salutaires , car dès que l'homme a
trouvé le centre "juste" -quelques soient les circonstances- il est libéré du carcan des contraintes et des blocages inhérents au Moi existentiel , et il bénéficie de la grâce de l'union avec
les forces profondes qui lui permettent de saisir le véritable sens de tout ce qu'il rencontre dans la vie , de percevoir chaque chose avec l'esprit qui lui est conforme, donc de voir la nature
en tant qu'enfant de la nature, les choses avec un esprit objectivant, les hommes avec humanité et le divin dont la lumière perce à travers tout avec l'esprit de son être essentiel .
Celui qui est ancré dans le Hara est ouvert en toute sobriété à la qualité du lumineux, c'est à dire à la façon dont le supranaturel nous parle
en ce monde.
Pages extraites de " Le hara, centre vital de l'homme" de Karlfried Graf Durckheim
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