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La Maison d'Emmanuel

Dans l'instant, il n'y a de place pour personne - MALO AGUETTANT

20 Août 2018, 05:02am

Publié par Emmanuel

"Pour peu qu'on porte une certaine attention à nos pensées au cours d'une journée, on constate un brouhaha permanent, une foule plus ou moins chaotique d'idées qui s'entremêlent les unes avec les autres.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'on n'est pas seul chez soi. Nous ne sommes cependant pas au bout de notre déconvenue.  Le pire comme toujours est à venir lorsque nous croyons pouvoir intervenir dans ce chaos de pensées, soit pour les arrêter, soit au moins pour les contrôler. On s'aperçoit très vite que l'on n'a que très peu de pouvoir sur nos pensées. L'image d'un moi maître de lui-même, libre, ne dépendant de rien d'extérieur en ce qui le concerne, en prend un sérieux coup.

Alors nous cherchons à comprendre ce qui peut bien se passer dans notre tête.

On peut s'asseoir en silence pour observer ce phénomène, pour voir ce qui se passe. Mais il ne s'agit pas d'en faire une expérience particulière. On est là simplement pour voir sans chercher à changer ou à s'approprier quoi que ce soit.

Là où les choses se compliquent, c'est que lorsque l'on vient s'asseoir, on a déjà en nous l'idée qu'il faudrait faire quelque chose pour être en silence. Or, il n'y a rien de particulier à faire pour rester en silence.

Alors, on décide de ne rien faire pour rester en silence. Et là, c'est encore pire parce que c'est une idée de plus qui vient s'ajouter à la première. Et deux idées, ça fait encore plus de bruits qu'une seule. L'idée de ne rien faire pour rester en silence s'ajoute à la première idée qui était de simplement être en silence. ce n'est pas gagné ! Mais justement il n'y a rien à gagner.

Il n'y a pas de méditation réussie ou ratée. Le drame du mental, c'est qu'il réussit à tout transformer en concept ou en stratégie en vue de changer ce qui est, même les choses les plus simples comme le fait de s'asseoir en silence.

Une méditation produit un état particulier. Mais n'importe quelle expérience peut produire un état particulier. Un café, un embouteillage, faire la queue au supermarché, écouter les informations, l'arrivée de la déclaration des impôts, un reproche ou un baiser de votre conjoint, produisent également un état particulier.

Ce dont il est question, c'est "cela" qui connaît tous ces états particuliers. Mais "cela" ne peut être connu qu'au prix de la disparition d'un moi qui le connaîtrait. Il n'y a donc personne pour connaître "cela". C'est justement parce qu'a disparu l'identification à ce qui cherche à connaître, que cela peut être réalisé.

L'ultime paradoxe, c'est que la seule chose à laquelle nous ne pouvons pas nous identifier, c'est justement notre identité. "Etre" n'est pas un identité. S'identifier revient à se reconnaître dans une forme forcément limitée. Or, "Etre" ne se situe ni dans l'espace, ni dans le temps. Ce qui est, c'est ce par quoi le temps et l'espace peuvent apparaître."

 

Source : Malo AGUETTANT - Rien ne manque à cet instant : tant que vous n'y ajoutez rien. Editions ACCARIAS L'ORIGINEL, Paris, 2015. Pages 69 à 70

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F
Hélas ! il serait merveilleux d'être souvent dans cet instant, mais là aussi nous n'avons pas le contrôle. Très tôt dans la vie, nous sommes "programmés'"comme" des petits robots, animés par un mental, une intelligence au service de la souffrance. Et là aussi, n'essayez pas d'arrêter ou de contrôler ce processus, ce serait comme arrêter de respirer ! Ne rien faire, ne pas tenter de toucher à ce qui se passe en soi et hors de soi...Seulement quelques élus seront en quête de ce moment, si cela est en accord avec la volonté divine. Jamais ici, un geste volontaire. Le chemin s'ouvrira devant vous, et ce bien malgré vous. On ne décide de rien. Mais j'oserais dire que la souffrance pourra peut-être vous emmener là où vous êtes déjà...Ailleurs, plus tard, un jour quand, demain, dans l'avenir, auront disparu d'eux-mêmes le temps d'un instant, d'un personnage disparu devant la réalité qu'est la vie. Comme la permanence n'existe pas en ce monde, ce personnage aussi trouvera refuge chez vous, l'accueil se présentera sans jugement, et le moment venu, celui-ci vous quittera, laissant place au néant, ici de même, il est le bienvenu, sans dimension temporel, comme la visite d'un grand ami, sans nom, sans origine, sans visage, mais sa présence rempli tout votre univers... Un dons de la vie qui va et vient aux rythmes des vagues, pour qui abandonne tout concept spirituel, toute connaissance de libération, d'illumination, de règles à suivre pour réussir la recette de l'éveil du moment. Rien à faire ! Votre point de départ est aussi votre point d'arriver, à cette célébration où vous n'êtes plus là... mais totalement présent….comme l’est votre meilleur animal de compagnie…Le miroir ne vous retourne plus d’image…l’identification est désormais impossible, vous n’êtes plus rien, et tout à la fois, pleinement intégré à l’univers.
Je ne suis pas l'auteur de tout cet exposé, un besoin soudain d'écrire, comme soufflé à l'oreille, de contenus déjà vu ou lu quelques parts, bien malgré moi...et livré pour vous !
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E
Bonjour F. Coulombe - Je vous remercie pour votre commentaire. Voici comment en moi il résonne

Souvent ces derniers temps il me vient le mot de grâce. Et une évidence s'exprime souvent ainsi : "C'est toujours la grâce, "la magie du monde" -comme je l'appelle aussi parfois- qui vous amène en la grande Paix". Vous êtes rejoins plus que vous rejoignez

Il a pu être des moments où dans mon histoire je me suis arraché (ou j'ai tenté de m'arracher) volontairement à la souffrance par des actes multiples.
Il a pu être des moments où dans mon histoire je me suis contraint à une morale exigeante pour vivre et aimer, être aimé, cherchant à purifier ce que je suis, ou ce qu'il m'apparaissait que j'étais.
Aujourd'hui, la spontanéité lorsqu'elle règne enlève à la morale toute nécessité, la nécessité d'action alors s'impose au corps-esprit que je suis.

Ces dernières années, pour exemple, lorsque le "Voir" dans les textes de Krishnamurti m'interpellait, je cherchais chaque matin sur le chemin du travail ce que pouvait être cette posture de témoin dont il parlait et que je croyais être une posture. Ici, je me suis aperçu que c'est dans le relâchement de ces efforts, alors que je ne l'attendais pas, que cette vue (sans jugement, sans analyse) devenait évidente, s'établissait.
Il me semblait alors que j'opérais quand même un réglage subtil de mon appareil optique jusqu'à obtenir le bon réglage. Aujourd'hui je suis beaucoup moins certain du pouvoir d'alors du je. Je parierai plus que c'est son effacement, son abdication (automatique, quasi-automatique ?-sourire) qui en était la clef et qui découvrait un Regard naturel.

Me vient ce que dit (de mémoire) Jean Bouchart d'Orval au sujet de la méditation. Comme pour dormir, vous fermez les yeux, vous faites semblant de dormir, puis vous dormez. Pour méditer, vous fermez les yeux, vous faites semblant de méditer, puis vous méditez.