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La Maison d'Emmanuel

Krishnamurti - Méditation (3)

25 Novembre 2017, 10:12am

Publié par Emmanuel

Krishnamurti - Méditation (3)

Source : Le vol de l'aigle - Jiddu Krishnamurti - Chapitre III : Méditation - Editions Delachaux et Niestlé, Neuchâtel (Suisse), 1971. pages 52 à 74.

p. 56 à 59

Dès l'instant où nous sommes quittes de cette éternelle recherche, libérés du désir et du besoin d'expérience de quelque chose d'extraordinaire, nous pouvons alors aller plus avant et découvrir ce que c'est que la méditation.

C'est un mot qui, comme les mots "amour", "mort", "beauté", "bonheur" est chargé. Il existe tant d'écoles, prêtes à vous apprendre comment méditer.

Cependant pour comprendre ce que c'est que la méditation, il faut poser les bases d'un comportement juste. Dépourvue de cette base, la méditation est une forme d’auto-hypnose.

Si nous ne sommes pas affranchis de la colère, de la jalousie, de l'envie, de l'avidité, de la haine, de la concurrence, du désir de réussir, toutes ces formes respectabilisées et morales de ce qu'on juge être bien, si nous ne posons pas une fondation juste, si nous ne menons pas réellement une vie quotidienne affranchie des déformations que donnent la peur personnelle, l'anxiété, l'avidité et ainsi de suite, la méditation est bien peu de chose.

Il est de toute première importance de poser cette base et l'on se demande alors : qu'est-ce que la vertu, qu'est-ce que la moralité vraie ?

S'il vous plaît, n'allez pas dire que c'est une question embourgeoisée, qu'elle n'a plus de sens dans une société où tout est plus ou moins permis, qui ferme les yeux sur n'importe quoi. Ce genre de société ne nous intéresse pas ;

ce qui nous intéresse c'est une vie complètement libérée de toute crainte, une vie où peut régner un amour profond et durable.

Sans une telle base, la méditation devient une déviation ; elle comparable à l'habitude de se droguer (qui est si courante) dans le but d'obtenir une expérience extraordinaire tout en menant un petite vie quelconque. 

Ceux qui prennent des drogues ont, en effet, des expériences étranges, peut-être perçoivent-ils quelques couleurs plus vives, il sont peut-être un peu plus sensitifs et, dans cet état de sensitivité dû à des phénomènes chimiques, peut-être leur arrive-t-il de voir des objets dans une perspective où n'existe plus l'espace entre l'observateur et la chose observée ; mais le phénomène chimique une fois évanoui, ils retombent dans leur état précédent où sévissent la peur, l'ennui, la routine ancienne - et il ne leur reste plus qu'à reprendre de la drogue à nouveau.

Donc, à moins d'établir cette base de vertu, la médiation devient un procédé destiné à maîtriser l'esprit, à le contraindre au calme, à l'imitation servile d'un modèle établi selon tel ou tel système où l'on vient nous dire : "Faites toutes ces choses et grande sera votre récompense." Mais un tel esprit, malgré tout ce qu'il pourra faire, suivant toutes les méthodes et tous les systèmes que l'on vous propose, un tel esprit restera étroit, mesquin, conditionné, et par conséquent sans valeur. Il nous faut donc examiner ce que c'est que la vertu, le comportement.

Celui-ci est-il le résultat de l'entourage, du conditionnement, d'une société, d'une culture dans laquelle on a été élevé. Vous vous comportez selon tout cela, est-ce là vertu ? Ou bien au contraire la vertu ne se trouve-t-elle pas dans la libération et le rejet de la moralité sociale, imprégnée comme elle l'est, d'envie, d'avidité et tout ce qui s'ensuit - choses qui sont cependant tenues pour être hautement respectables ? La vertu peut-elle être cultivée ?Et si elle le peut, ne devient-elle pas une chose mécanique et par conséquent dépourvue de toute espèce de "vertu" réelle ?

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