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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 11:39
Arnaud Desjardins : Approches de la méditation
(Editions de La Table Ronde - Paris, 1989)
Extraits et résumés


TROISIEME PARTIE : LA PRATIQUE

Chapitre 6 : Litanies pour un retour à soi-même

[6.8 : pages 209 à 215]

Prenez bien conscience – une conscience qui n’est pas là, ordinairement – de vous-même, dans votre condition présente, de ce que vous pouvez ressentir, sans demander autre chose pour l’immédiat.
C’est un surcroît de conscience : je ressens et plus je ressens, moins je pense. Acceptez complètement tout ce qui est là, à tous les niveaux, et détendez. Le relâchement, c’est le OUI du corps, c’est la non-peur, la non-protection et c’est une réconciliation avec la vie en général. Essayez de vous sentir complètement détendu, passez au-delà des craintes, des refus. Vous le pouvez. Si vous ne tentez pas, vous ne saurez jamais que vous pouvez.
Inversez le mouvement de protection, de fermeture sur soi-même, de défensive. Laissez bien descendre tout le poids de votre présence dans le bassin et le bas-ventre.

Le NON se situe dans le haut de la poitrine et le durcissement des épaules.

Lorsque le centre de gravité de votre présence est à sa place, approfondissez l’attitude de OUI, d’ouverture, de relâchement général et représentez-vous que toute la surface de votre être est perméable, n’est plus une barrière, une séparation, que l’air, le souffle, l’énergie subtile pénètre en vous à l’inspiration par chaque pore de la peau et que l’air vicié s’échappe de vous par chaque pore de la peau à l’expiration. Ne vous demandez pas si c’est possible ou non, tentez-le.

Au départ, ce n’est qu’une représentation : je sens tout mon être perméable. Essayez que la surface de votre corps ne soit plus une séparation. Tentez de sentir que vous baignez dans un océan de prana, d’énergie subtile comme un poisson dans l’eau.

Détendez complètement tout le visage, et essayez de sentir que le visage est perméable.

Détendez toute la surface du dos
. Ne bloquez jamais le dos pour mieux ouvrir le devant de la poitrine. Le dos doit être libre. Relâchez le dos, ne vous tenez pas abusivement droit et respirez à travers toute la surface du dos. Essayez de sentir le dos perméable. Ce n’est ni un mouvement de haut en bas, ni de bas en haut, c’est toute la surface du dos qui s’ouvre, le prana pénètre en vous par toute la surface du dos.

Inspirez de même par le bas du corps et les organes génitaux, en dehors de toute représentation érotique. C’est une part de notre être, associée à beaucoup d’éléments psychologiques, positifs ou négatifs. Pas de protection. Chaque part de notre être a sa place dans notre totalité et peut être détendue, vivifiée.

Portez particulièrement votre attention sur le bas du dos, le sacrum, et représentez-vous que cette part est perméable, comme si l’air pénétrait directement dans votre sacrum. Inspirez à travers le sacrum.

Et surtout, dans les débuts de la pratique, revenez régulièrement au lâcher-prise profond dans le visage, dans les épaules, dans le haut du dos. Ces exercices vous demandent une finesse d’attention et il y a un risque que cette attention ramène une tension dans le haut du corps. Si votre attention faiblit, si vous n’avez aucune sensation, aucune perception, s’il n’y a rien pour accrocher votre attention, revenez au centrage dans le hara. Ce centrage est l’aspect actif de votre pratique puisqu’à l’expiration vous poussez le bas de l’abdomen vers le bas et en avant, tout en gardant les épaules relâchées.

Quand vous sentez que, par cette démarche plus active, vous avez retrouvé un enracinement, revenez à cette ouverture, à cette respiration, à travers toute la surface du corps ou à travers telle ou telle part de celui-ci. Il faut que, dans votre pratique, vous ayez l’habileté d’adapter les exercices que vous faites à la nécessité du moment, et que jamais des exercices de détente n’aboutissent à une tension quelque part. Et s’il y a une douleur quelque part, dites-lui « oui » de tout votre coeur.

Cette respiration à travers toute la surface de notre être est une mise en harmonie avec la totalité, avec la Vie universelle. C’est la vague qui essaie de retrouver l’océan. [...] Vous n’êtes plus coupé de l’environnement, cet océan de prana dans lequel vous vivez. Vous communiquez, vous communiez, vous entrez en relation avec la totalité, l’Univers dont nous sommes une cellule. Vous devenez plus vaste, moins enfermé en vous-même, moins replié sur vous-même, vous faites partie d’une immense réalité, vous êtes porté, soutenu par la Vie universelle, vous pouvez accueillir et lâcher avec chaque inspiration et chaque expiration. Votre être même consiste à recevoir et à donner.

La Vie est en vous, elle vous sous-tend et vous soutient, cette Vie qui s’exprime d’abord pour vous par l’incessante respiration. Peu à peu la matérialité du corps physique se fait moins sentir. L’emprisonnement dans une forme limitée et parfois douloureuse se dissipe, et la respiration vous donne un sentiment d’immensité, comme si votre inspiration venait des confins de l’univers et votre expiration allait jusqu’aux confins de l’univers. Vous avez l’impression d’être uniquement une énergie immense. L’inspiration et l’expiration dépassent de loin la fonction physiologique. Votre respiration est seulement une petite part de la Respiration universelle.

Revenez à vous-même. Détendez toutes les tensions que vous pouvez détendre. Prenez conscience de vous, de votre état d’être, votre état d’esprit. Est-ce que je suis pleinement heureux, reposant en moi-même, sans souci pour l’avenir? Est-ce que rien ne me perturbe, ni du passé, ni du futur? Est-ce que je ressens la plénitude, le contentement, la paix? En prenant conscience de ces vérités de l’instant, si vous acceptez parfaitement ce qui est, déjà vous vous en détachez.

Il est tout à fait normal que vous espériez de la méditation et du silence intérieur un moment de paix, de plénitude, un moment heureux. Mais si ce moment heureux est simplement l’opposé d’un moment d’inquiétude, de souci, de peur, vous n’avez rien résolu. Dans la méditation, ce point doit être tout à fait clair. Vous ne pouvez pas chercher simplement une sérénité qui serait une fuite et qui tenterait de nier les difficultés de l’existence.

Nous cherchons une paix qui transcende l’opposition ordinaire heureux-malheureux, qui intègre la totalité de la réalité. Ne fuyez pas l’aspect douloureux de l’existence.
Ce que vous allez découvrir se situe à un niveau plus profond que l’alternance : j’aime ou je n’aime pas.

Pas de méditation partielle fondée sur l’exclusion : la spiritualité contre le matérialisme, la paix des profondeurs contre l’agitation du dehors. La méditation est une réconciliation avec la totalité de la vie. Et seule cette réconciliation permet un dépassement, une transcendance. Je ne refuse rien, je cherche plus profond en moi.

A cette attitude générale et fondamentale, la respiration pendant la méditation peut beaucoup vous aider.
Quand vous inspirez ou, du moins, quand l’inspiration s’accomplit, vous acceptez de vous ouvrir à tous les aspects de la réalité, de ne plus vivre dans la protection, la défensive et le refus.
Et quand vous expirez, quand l’expiration se produit, vous ne retenez rien. Vous ouvrez les mains, vous donnez, vous offrez, vous vous laissez vider sans restriction.
A l’inspiration, ressentez que vous pouvez vous ouvrir, accueillir tout ce qui se présente parce que vous allez dépasser ou transcender l’opposition bon et mauvais, heureux et malheureux. A l’inspiration ne résistez à rien, ne refusez rien. Ouvrez-vous de tout votre être. Certes, nous accueillons l’oxygène, le prana, et même le souffle du Saint-Esprit, mais vous êtes prêt à accueillir tous les aspects de la réalité.

Rendez-vous perméable de partout à l’inspiration, sans aucune défense, résistance, protection. Et en même temps, ressentez sans crainte que vous pouvez accueillir, que vous ne serez pas détruit. Vous pouvez, comme dit le tantrayana, digérer tous les poisons, pourvu que vous les absorbiez consciemment, avec vigilance.
Essayez de sentir cette attitude fondamentale d’ouverture et de non-protection avec chaque inspiration. Que signifie la parole du Christ : si l’on vous frappe sur une joue, tendez l’autre? Je ne vis plus sur la défensive, dans la protection. Frappez, frappez, je n’ai pas peur, je peux accueillir les coups.
Avec chaque inspiration, devenez entièrement accueil. Représentez-vous que vous pouvez accueillir et laisser passer, ne garder en vous que ce qui est nourriture, et que toute expérience, même douloureuse, peut être transformée en nourriture pour votre croissance intérieure. Et à l’expiration, sentez : je laisse le prana, la nourriture subtile se répandre dans tout mon organisme et, en même temps, je me vide, je me laisse vider. Dieu donne, Dieu reprend. J’offre tout loyalement, sans tricher, et je m’offre moi-même avec chaque expiration, comme si je ne gardais rien pour moi. C’est une attitude intérieure d’abandon de tout ce que l’on possède et tout ce que l’on est.

Une nouvelle inspiration vous est donnée. C’est un grand enseignement. Offrez tout à l’expiration, tout votre être, et tout va vous être rendu à l’inspiration. Mais ce qui vous est rendu n’est pas ce que vous avez perdu. Physiquement, vous avez expiré le gaz carbonique, vous inspirez maintenant l’oxygène. C’est un renouvellement, et il en est de même au niveau spirituel. Recevoir, donner, accueillir, assimiler, éliminer, est le mouvement de la vie. Essayez de le vivre de tout votre être. L’existence dans l’ego, à travers le mental, consiste à se protéger pour éviter de recevoir tout ce que nous n’aimons pas et à se crisper pour garder tout ce que nous avons peur de perdre. Et dans cette attitude, nous sommes totalement perdants : jamais la sérénité, jamais la paix, jamais le repos, jamais la véritable détente, jamais la béatitude ici et maintenant ne nous échoieront.

Les yogis considèrent la respiration comme un rituel et un sacrifice (yajna) : pas seulement offrir différentes substances dans le feu, tout offrir à l’expiration, s’offrir soi-même à l’inspiration, c’est alors nous qui devenons le feu dans lequel sont jetées les offrandes. Avec chaque inspiration, ressentez : je peux tout accueillir, je peux accueillir une critique, je peux accueillir une mauvaise nouvelle. Ouvrez toujours, c’est toujours Dieu qui frappe à la porte.

Et à l’expiration, desserrez les mains. Ne soyez plus un avare. Les psychologues ont confirmé que cette attitude d’avarice pouvait conduire jusqu’à la constipation : ne même pas oser rendre les excréments à la nature, de peur de perdre quelque chose. Avec chaque respiration, acceptez que l’existence puisse vous prendre ce que vous aimez, acceptez que l’existence puisse vous donner ce à quoi vous ne vous attendiez pas. Laissez partir les souffrances, les rancunes, les amertumes. Donnez tout le poids du passé avec chaque expiration, donnez ce vous-même auquel vous êtes attaché avec vos limitations, vos peurs, et laissez-vous renouveler à l’inspiration.

Ne méditez jamais contre le mouvement de l’existence. Ne reniez pas l’existence pour pénétrer dans le temple intérieur. Méditez dans l’acceptation, dans la communion, méditez dans le mouvement et, par là même, soyez vivant, sans cesse renouvelé et libre. La méditation ne peut pas être : je choisis le grand silence de l’immobilité contre les perturbations. Choisissez ce qui est en deçà de cette opposition, en deçà de cette contradiction, ce qui est d’un autre niveau.

Mais soyez sans crainte de ce qui, en vous, peut résister à cet abandon, à cette ouverture. Il se peut que, même en cherchant loyalement à tout accueillir à l’inspiration et tout donner à l’expiration, au lieu d’être de plus en plus détendu, vous réalisiez que de nouvelles tensions s’affirment ici ou là dans votre corps.
Une part de vous prend peur, résiste. Acceptez et essayez tranquillement de convaincre, d’apprivoiser ces tensions. Ne vous tendez pas de mécontentement de vous sentir tendu. Rassurez vos tensions, apaisez-les. Convainquez-les que vous cherchez votre vrai bien, celui qui ne vacillera plus jamais. Convainquez-les que vous allez pouvoir vivre sans peur, sans crainte pour l’avenir, libre du passé. Vous ne savez pas ce que vous perdez dans l’attitude de protection et de refus de lâcher.

Et si vous saviez ce qui vous attend, vous ne seriez plus qu’ouverture et lâcher-prise. Laissez grandir la vie en vous, la vie surabondante comme dit l’Évangile. En refusant d’accueillir ce qui ne vous convient pas, vous atrophiez votre existence. En vous cramponnant à ce que vous avez peur de perdre, vous atrophiez votre existence. Respirez ample, vivez ample. Laissez la respiration respirer en vous et laissez la joie vivre en vous.
Et que votre joie demeure.


[FIN]


Résumé et extraits d'Approches de la méditation d' Arnaud Desjardins .- Editions de La Table Ronde, Paris, 1989.
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Publié par Emmanuel de Lussac - dans Arnaud Desjardins
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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 10:38
Arnaud Desjardins : Approches de la méditation
(Editions de La Table Ronde - Paris, 1989)
Extraits et résumés


TROISIEME PARTIE : LA PRATIQUE

Chapitre 6 : Litanies pour un retour à soi-même

[6.7 : pages 200 à 209]

[...] Prenez conscience de la respiration, sans modifier celle-ci et sans anticiper; quand l’inspiration commence, vous oubliez qu’elle va s’arrêter; quand l’expiration commence, vous oubliez qu’elle va s’inverser; vous êtes parfaitement dans l’instant, seconde après seconde.

Soyez particulièrement conscient de l’expiration.

L’expiration a une double fonction.
La première : donner, ne pas garder [...] abandonner [...] le gaz carbonique et, en même temps [...] toutes les tensions [...] tout le poids du passé et toutes les prétentions de l’ego.
[La deuxième :] recueillir ce que nous avons accueilli à l’inspiration, notamment l’énergie subtile désignée sous le terme de prana. A l’inspiration j’accueille, à l’expiration, si celle-ci est consciente, je recueille, je ne laisse pas se perdre le prana.

Représentez-vous qu’en même temps que l’air, vous inspirez cette énergie et qu’à l’expiration, ce prana se répand dans tout votre organisme, vous remplit peu à peu[,]
[...] vous nourrit, comme on rechargerait une batterie électrique. Cette énergie est recueillie particulièrement lorsque nous sommes vigilants, conscients. Et, dans l’immobilité, le silence, vous ne la consommez pas.

Par la puissance de l’attention – une attention détendue – vous pouvez diriger particulièrement le prana vers telle ou telle partie de vous-même (qui relève à la fois du corps physique et du corps subtil).
 
Accompagnez bien l’expiration, essayez de ressentir que le prana s’accumule par exemple dans votre ventre, qu’il imprègne chaque cellule de celui-ci. Comme il n’a pas la matérialité du sang, par exemple, il n’a pas besoin de canaux matériels pour circuler.
Ressentez de mieux en mieux cette partie de votre être, avec l’impression qu’elle se charge de plus en plus de cette énergie subtile. A l’expérience, vous verrez combien il est possible de se recharger d’énergie par la respiration consciente.

Vous pouvez aussi choisir une partie de votre être avec laquelle vous êtes en difficulté, qui est souvent douloureuse et contractée, ou associée à de mauvais souvenirs, un traumatisme physique ou une blessure psychologique, une partie de votre corps qui vous a posé des problèmes, que vous n’avez pas pu aimer, qui vous a trahi, quelle qu’elle soit.

Et vous dirigez le prana vers cette partie pour la détendre, la consoler, la nourrir.
A chaque expiration, représentez-vous que, par la force de votre attention, vous orientez particulièrement le prana vers cette partie de vous-même. Relâchez-la de plus en plus, essayez d’en avoir la sensation interne et nourrissez-la de prana. Et, à l’inspiration, sentez bien que vous accueillez une énergie qui vous est donnée gratuitement. Les yogis affirment même qu’on peut faire croître un muscle rien que par la puissance de l’attention ou qu’on peut cicatriser beaucoup plus vite une blessure. Certaines douleurs peuvent disparaître complètement au bout d’un peu de temps de cette pratique.

Mais il y a aussi un aspect psychologique très important.
La contracture lâche, vous sentez l’énergie qui circule, la zone sur laquelle vous vous concentrez se remet à vivre. Dans certains cas, c’est comme si nous avions condamné une partie de notre être qui a été source de souffrances ou de frustrations, comme si nous ne voulions plus en entendre parler.
Nous la réintégrons à notre présence d’ensemble, nous lui redonnons sa place, nous nous réconcilions avec elle, nous l’acceptons complètement comme étant une part et un aspect de nous-même, nous ne lui en voulons plus, au contraire, nous la nourrissons, nous la vivifions.
Par le prana consciemment dirigé, nous aidons cette partie du corps à revivre, à guérir.

Puis, revenez à votre présence totale, depuis l’assise jusqu’au sommet de la tête avec l’axe de la colonne vertébrale dans le dos, et à la sensation que l’énergie emplit votre corps entier à chaque expiration.

Ne forcez pas, ne prenez pas en charge la respiration, simplement accompagnez-la, encouragez-la, rendez-lui sa liberté. Ce prana ne se répand dans tout notre être que dans la mesure où nous sommes relâchés, mais diriger le prana dans une partie du corps nous aide à la détendre et à la relâcher. Encore faut-il un peu de foi pour croire que ce qui vous est proposé, cette possibilité de diriger consciemment le prana vers telle ou telle partie de votre organisme, correspond à une réalité. Mais ne concentrez pas seulement votre intérêt dans l’expiration. Ressentez bien l’accueil à l’inspiration. J’accueille, je recueille, j’accueille, je recueille...


Si vous respirez consciemment, de nouvelles possibilités apparaissent. Vous avez la possibilité d’agir sur les mouvements de l’énergie en vous, simplement par la force de l’attention. En même temps que vous suivez attentivement le mouvement de la respiration, prenez conscience des différentes fonctions en vous telles qu’elles se présentent : tête au repos ou agitée, coeur lourd ou léger, et physiologiquement, surcroît d’énergie ou fatigue.

Pranayama ne signifie pas seulement maîtrise de la respiration mais contrôle du souffle subtil. Ce prana que nous dirigeons par la rigueur de l’attention vers telle ou telle partie du corps, nous le dirigeons aussi vers telle ou telle de nos fonctions. Par exemple, vous avez la tête vide, mais dans le mauvais sens du mot. Vous êtes intellectuellement fatigué. Représentez-vous qu’à chaque expiration le prana vient régénérer votre intelligence, que votre pensée si lasse est comme réanimée. Par cette finesse de l’attention, vous pouvez évacuer d’une fonction l’énergie grossière et vous pouvez aussi donner l’énergie subtile à cette fonction. Si vous vous sentez vidé physiquement, peut-être même épuisé, répartissez le prana dans tout votre organisme à chaque expiration, comme vous gon-fleriez un ballon en lui insufflant de l’air. On dit bien de quelqu’un qu’il a été regonflé à bloc.

Mais pratiquez toujours dans le silence intérieur, la discrétion, la patience, l’ouverture, jamais avec un esprit de conquête. Ce prana, vous ne pouvez que l’accueillir, et l’accueillir avec gratitude.

De la même manière, vous pouvez nourrir de prana la fonction sexuelle, pas seulement pour retrouver un élan érotique mais parce que cette fonction est la fonction créatrice par excellence, la source de toute créativité.

Vous pouvez aussi, et c’est le plus important, diriger ce prana vers le coeur, et donner plus de richesse à votre sentiment. Plus rien ne vous intéresse, vous êtes amer, déçu, dégoûté de tout? Inspirez paisiblement par les narines et, à l’expiration, dirigez le prana vers le coeur pour redonner vie à celui-ci. Tout ce que vous demandez à ce coeur, c’est de ne pas refuser cette nourriture. Donc vous imprégnez de prana non seulement une partie de votre organisme physique ou physiologique mais une fonction, celle du coeur, celle du sentiment et vous sentez votre coeur redevenir vivant, ouvert.

La grande découverte des yogis est la possibilité de diriger le prana en nous-même par la conscience. A chaque expiration, votre coeur se réanime un peu plus, devient un peu plus vivant. La respiration, c’est la vie elle-même.
En inspirant consciemment, en accueillant avec gratitude et en recueillant précieusement ce que l’inspiration vous donne, vous découvrirez que vous aspirez à une réalité encore plus fine que le prana, une réalité spirituelle.

En sanscrit, atma veut dire le Soi, pronom personnel, et signifie aussi le souffle. En grec, pneuma signifie autant le souffle que l’esprit. La réalité spirituelle a toujours été assimilée au souffle et elle est associée à la respiration physique.

Par l’attention, vous pouvez spiritualiser toutes vos fonctions. Ce souffle de l’esprit imprègne votre corps, votre tête, votre sexe et votre coeur. Dans cet état d’esprit, la respiration devient une prière. Je n’accueille pas seulement l’oxygène et le prana, j’accueille Dieu lui-même. J’accueille la Paix, j’accueille la Lumière.
« L’homme ne vit pas seulement de pain », a dit le Christ, et l’homme ne vit pas seulement d’oxygène. C’est entièrement une question d’état d’esprit et de vigilance.

Par la respiration consciente, nous collaborons avec la vie qui nous sous-tend et nous soutient, nous nous régénérons nous-même. Nous devenons l’auxiliaire conscient du Créateur.
Tout ceci, il ne s’agit pas de le penser, il s’agit de le ressentir, de le vivre. Sentez-le, vivez-le, vérifiez que c’est vrai; à votre tour, faites cette découverte; à votre tour, bénéficiez de cette vérité.


Encore un point. On a toujours signalé deux obstacles à la méditation, l’un d’être trop agité, l’autre d’être trop somnolent. Trop agité, c’est ce qu’on appelle en Inde « rajasique », trop somnolent « tamasique ».

Se ressentir à la fois intensément éveillé et paisible, c’est être « satvique ».
Si une de vos fonctions est tamasique, lourde, vous pouvez la nourrir d’énergie fine. Si votre fonction est rajasique, agitée, vous pouvez l’apaiser par le pranayama en la vidant de cette énergie grossière. En équilibrant les mouvements de l’énergie, la respiration harmonise nos fonctions. Recevez la respiration comme une terre desséchée reçoit la pluie du ciel. Laissez cette pluie vous imprégner et vous féconder.

Quand vous inspirez consciemment, religieusement, c’est comme si les forces célestes descendaient sur vous, descendaient en vous.

C’est le propre de l’eau de toujours descendre, d’aller vers le bas, de la source en montagne jusqu’à la mer. Et cette pluie fécondante, fertilisante, avec l’expiration vous pouvez la diriger particulièrement vers la racine de votre être, dans le hara. Là, peu à peu, vous sentez au contraire comme une chaleur, comme un feu.
A l’opposé de l’eau, la flamme s’élève toujours, s’élance toujours vers le ciel. Le feu donne la chaleur et la lumière. Jusqu’à l’électricité, les hommes n’ont connu d’autre lumière que celle du soleil, et celle de la flamme, torche ou chandelle.
Si vous êtes vigilant, attentif, vous pouvez sentir cette chaleur et cette lumière se répandre dans tout votre être et, elles aussi, nourrir, animer vos fonctions : un coeur chaleureux, une tête qui a les idées claires. Dès que vous avez dépassé les premières réticences à ne plus être extérieurement actif, vous découvrez toutes les possibilités de l’attention intériorisée et un monde merveilleux s’ouvre devant vous, un monde de possibilités nouvelles qui était depuis toujours votre héritage.

Entrez dans votre respiration. Soyez entièrement inspiration avec l’inspiration, entièrement expiration avec l’expiration. L’expiration a deux aspects. L’un, c’est de recueillir le prana que nous avons inspiré. L’autre aspect, c’est laisser partir, s’en aller, se laisser vider. Ne retenez pas. Ne gardez pas. Accompagnez l’expiration, permettez à l’air de s’échapper, encouragez vos poumons à se vider.

La vie est sans cesse un changement : perdre, retrouver – mourir, naître. Non seulement je ne retiens rien, mais je ne me retiens même pas moi-même, je me donne, je me perds, j’expire, je meurs à chaque expiration. Ne vous inquiétez pas, l’inspiration suivante viendra jusqu’au dernier jour de cette existence. Abandonnez-vous complètement avec chaque expiration, ne retenez rien, ni le passé, ni vos idées, ni vos opinions, ni vos préférences, ni même la conscience limitée à l’ego.

Plus vous expirez à chaque expiration, je ne dis pas plus vous vous videz mais plus vous vous laissez vider, plus l’inspiration sera riche, nourrissante.
C’est un renouvellement. Comme dans la prosternation, vous vous abaissez complètement et vous vous relevez. C’est une nouvelle naissance. Laissez partir tout ce qui est inutile, le gaz carbonique, les émotions négatives, les vieilles peurs. Et ne retenez pas non plus ce que vous aimez. Acceptez de perdre et vous recevrez. Donnez, donnez ce qui a une valeur, vous ne le perdrez pas. Ne vous accrochez à rien, ne retenez rien. Essayez de vivre ce lâcher-prise avec chaque expiration.

Si vous allez complètement avec l’expiration, vous serez renouvelé à l’inspiration et vous découvrirez peu à peu ce qui est au-delà de l’expiration et de l’inspiration, ce qui ne naît pas et ne meurt pas en vous. Laissez-vous fondre à chaque expiration comme la glace qui fond et redevient eau. « Qui veut sauver sa vie la perdra », a dit le Christ. Tous les maîtres l’ont affirmé. Videz-vous d’abord si vous voulez être empli. Si l’homme se vide de lui-même, il est empli de Dieu.

 Donnez-vous aussi à l’inspiration.
Ouvrez-vous, laissez-vous pénétrer, accueillez. Avec l’inspiration, sentez que vous vous ouvrez à la totalité de la vie, aux mauvaises nouvelles comme aux bonnes nouvelles, aux critiques comme aux compliments et non à la moitié seulement de l’existence. Et vous verrez que vous pouvez vous ouvrir, que vous pouvez accueillir et que c’est la seule possibilité d’être vraiment vivant, sans crainte et sans peur. Choisissez la non-protection.
Les soufis disent que dans l’inspiration vous vous ouvrez à Dieu, vous inspirez Dieu lui-même. Mais Dieu c’est la totalité de la vie : santé et maladie, arrivée et départ, réussite et échec. Plus d’opposition. Je peux tout inspirer parce que je peux tout expirer... Et plus vous donnez tout à l’expiration et vous accueillez tout à l’inspiration, plus vous vous sentez libre, libre de la crainte, plus vous vous sentez enfin vivant.

L’inspiration est aussi un don de soi. Je m’offre à ce qui va me pénétrer : la vie, l’oxygène, le prana, le souffle de l’Esprit. Je m’offre à la totalité de l’existence, ce que jusqu’à présent j’ai aimé, ce que jusqu’à présent je n’ai pas aimé. L’inspiration est un « AUM », l’expiration est un « AUM ». Plus de résistance, plus d’avidité, dépassez les oppositions dans lesquelles vous vous débattez. Devenez de plus en plus total et de plus en plus vivant dans l’instant, sans cesse renouvelé. Je peux vivre complètement l’abandon de l’expiration. Laissez-vous renouveler. Ne soyez plus une mare croupissante mais un fleuve qui ne cesse de couler, « une eau vive ». La source de la vie ne cesse pas de jaillir en nous et elle s’exprime d’abord, pour nous, par la respiration. Ce n’est pas nous qui respirons, c’est la Vie qui respire en nous et, en nous donnant à la respiration, nous nous donnons à la Vie elle-même.

Sans pensée inutile, sans romantisme mystique, sentez : « Je meurs à chaque expiration, je renais à chaque inspiration »... Et la Vie éternelle c’est ce jeu de naissance, de mort, de mort, de naissance, fête de la nouveauté, fête du renouvellement. Moins vous vous protégez, moins vous refusez de vous ouvrir à l’inspiration, de vous donner à l’expiration, plus vous vous sentez assuré intérieurement, libre de la crainte, parce que plus vous vous sentez vivant. La crainte c’est toujours la crainte d’être détruit et plus vous vous livrez à la respiration, plus vous vous sentez indestructible au coeur même de ce double mouvement.
Ce n’est pas seulement le corps qui est concerné, c’est le sentiment, le coeur. Respirez religieusement.

Fondez-vous dans votre respiration. Ne mettez pas de distance entre la respiration et vous. Si vous devenez la respiration, s’il n’y a plus que la respiration, c’est déjà une expérience d’un premier état libre de l’ego. La respiration est le premier antidote du mental. Si vous êtes votre respiration, vous êtes la Vie et la tête ne pense plus. Vous vous ressentez de moins en moins comme matière et de plus en plus comme énergie.

Adhérer à la respiration, c’est la première démarche pour adhérer à l’existence en elle-même.

Le mental vous ferme. Il refuse, il se protège, il ne veut pas donner, il a peur de perdre, il retient. Lâchez, lâchez de plus en plus et accueillez la nouveauté avec chaque inspiration. Dites « oui » à ce qui vient, « oui » à ce qui viendra, et vivez sans peur. Une existence humaine commence avec une première inspiration et s’achève avec une dernière expiration. Et la vraie vie, la seule vraie vie, c’est un OUI total et permanent à la naissance et à la mort. La vie c’est ce qui ne cesse pas de mourir, de naître, de mourir, de naître. Mais la vie est éternelle. Sentez ce qu’il y a de petit, mesquin, étroit, à ne pas s’ouvrir de tout son être à l’inspiration et à ne pas s’abandonner de tout son être à l’expiration. Respirer c’est se donner, accueillir, se laisser emplir et tout abandonner. Et, physiologiquement et psychologiquement, vous n’allez pas jusqu’au bout de l’inspiration, vous n’allez pas jusqu’au bout de l’expiration, vous vivez dans un sentiment d’étouffement.

Nous menons des vies étouffantes parce que nous ne respirons pas vraiment. Nous ne respirons vraiment ni du point de vue du corps physique, ni du point de vue du corps subtil. Ce ne sont plus les poumons, c’est l’être entier qui devient inspiration et qui devient expiration, qui est sans cesse renouvelé.


Résumé et extraits d'Approches de la méditation d' Arnaud Desjardins .- Editions de La Table Ronde, Paris, 1989.
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Publié par Emmanuel de Lussac - dans Arnaud Desjardins
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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 05:26
Arnaud Desjardins : Approches de la méditation
(Editions de La Table Ronde - Paris, 1989)
Extraits et résumés


TROISIEME PARTIE : LA PRATIQUE

Chapitre 6 : Litanies pour un retour à soi-même

[6.6 : pages 194 à 200]

[...]
Vous êtes de plus en plus immobile, non seulement physiquement mais mentalement, de plus en plus détendu, silencieux, et vous essayez de descendre dans le silence des profondeurs comme on descend dans la crypte d’une église.
Cette conscience de soi est l’inévitable chemin de la conscience du Soi.

Essayez de vous concentrer entièrement dans ce sentiment d’être, d’instant en instant. Peu à peu disparaît « je suis jeune-je suis vieux, je suis comblé-je suis frustré », tout ce qui se surajoute. Un « je suis » de plus en plus pur, dépouillé. En sanscrit : je suis, aham asmi, est même considéré comme un mantram. Et ne pensez pas « Je suis », ressentez-le.

Chercher la conscience à sa source ne peut pas être une pensée, mais un vécu total. Vous entrez dans ce silence avec le point d’appui de la posture, puis, peu à peu, même cette présence physique devient moins importante, seul demeure le sentiment d’être.
Certes, cette conscience est encore ressentie comme : « je suis moi ». Vous ne perdez pas encore les points d’appui habituels. Vous affermissez la présence à soi-même mais à un niveau beaucoup plus profond et beaucoup plus silencieux. C’est un « je suis » qui implique à la fois la tête, la pensée, le sentiment et la sensation. Vous allez vers une réalité d’être toujours présente en vous, à la source de vos états conditionnés et de vos identifications.

Et si vous êtes bien centré dans ce « je suis », vous reconnaissez que ce « je suis », même très pur, est encore limité.
Je suis moi, c’est toujours un « je suis » individualisé. Moi à un niveau beaucoup plus profond, plus réel, mais ce n’est pas encore une conscience dans laquelle le moi, l’individualité limitée a disparu, même si ce moi est devenu très pur.
Vous pouvez sentir que vous aspirez à passer encore au-delà, à être libéré de ce moi à partir duquel naissent tous les désirs, toutes les peurs, l’insatisfaction, l’incomplétude, la frustration.
Si même ce moi purifié pouvait s’effacer, toute limite et toute finitude s’effaceraient aussi. Seule régnerait la conscience pure, et cette conscience, elle, est béatitude infinie.

Votre démarche est donc d’abord une affirmation puis un effacement, une présence puis une absence. Plus la conscience qui dit : « moi » s’éteint, plus vous vous retrouvez comme si vous vous étiez d’abord perdu.
Nous ne cherchons pas autre chose que ce que nous sommes, mais nous dépouillons cette conscience d’être de ces attributs. Ce que nous cherchons nous le sommes déjà et nous nous dépouillons, nous faisons silence. Pas de passé, pas de futur.

Pouvez-vous être encore plus silencieux, encore plus dépouillé, encore plus vide?

Et peu à peu se révèle en vous [...] la Conscience pure dans son aspect statique, non manifesté, un lac sans la moindre ride. Le moi limité se trouve pour un instant effacé et une impression d’immensité se révèle en vous, sans aucune considération d’espace ni de temps.

Et cette conscience a un autre visage qui est le visage énergie (atma shakti), le visage dynamique et actif. Tout en demeurant dans le grand calme des profondeurs, découvrez la source de vie ou l’élan vital à sa source. La vie est là en vous, dans votre ventre, vos entrailles, votre sexe, votre coeur, votre tête, une vie neuve, vierge, toujours vierge, toujours nouvelle.
Sentez ce que pourrait être cette vie libérée des mesquineries, de la petitesse et de l’étroitesse de l’ego, et essayez de ressentir celui-ci comme étant la prison, la plus terrible des prisons, qui rapetisse, qui limite, qui divise. Si cet ego lâche prise, la vie spontanée, la vie éternelle se révèle, toujours neuve, une source qui ne cesse de couler.

En vérité l’ego n’aspire qu’à devenir de plus en plus vaste, à se transcender lui-même, à perdre ses limites, à devenir infini, à s’effacer, mais le mental est là qui interdit cet épanouissement, cet effacement.

Si vous êtes vraiment silencieux, quelle soif d’infini se révèle en vous, quelle aspiration à dépasser toutes les limitations. Cette soif en vous n’est pas venue du dehors, elle n’est due à aucune influence, aucune imitation. Nous la portons tous en nous : une vie plus vaste, plus riche, plus libre, plus spontanée.


[...]
Depuis papa et maman dans l’enfance, toute notre existence a été fondée sur les points d’appui extérieurs, ceux qui nous ont trahis, ceux qui ne nous ont pas trahis. Notre mental, notre ego, notre limitation, notre incapacité à découvrir l’infini qui est en nous viennent de cette opposition : ce qui m’a trahi, ce qui ne m’a pas trahi – ce qui me veut du bien, ce qui me veut du mal.
Vous tournez votre attention dans une tout autre direction : vous cherchez votre point d’appui en vous-même. Vous cherchez à trouver en vous un sentiment d’être, une force, une confiance qui ne dépendent plus de ces conditions extérieures. Revenez à vous-même, établissez-vous en vous-même, essayez de sentir de l’intérieur votre propre force qui émane du sentiment d’être, et d’être soutenu par la Vie.

[...]
 Et pour sentir notre propre force qui ne dépend plus de l’extérieur, le réel point d’appui, il est dans l’enracinement, la descente du centre de gravité de notre être dans le bassin et le bas-ventre. Sentez bien votre assise, vos fesses sur votre coussin, vos genoux sur le sol.
Sentez aussi votre verticalité depuis le sacrum jusqu’au sommet de la tête. Ne rentrez pas le ventre à l’expiration, contrairement à certains exercices de yoga. Installez-vous de plus en plus dans votre bassin à chaque expiration, avec la stabilité d’une pyramide.

Mais vous n’êtes pas des blocs de pierre, vous êtes vivants.
Essayez de percevoir le bassin et le bas-ventre comme un socle ou comme un enracinement et, tout en restant dans l’immobilité, qui vous permet une détente de plus en plus profonde et même l’immobilité de l’esprit, représentez-vous tout le haut de votre être comme flexible physiquement et psychologiquement, adaptable au courant de l’existence, à la variété des situations, un arbre qui a des racines et peut facilement fléchir dans le vent et, parce qu’il s’adapte au vent au lieu de résister, il ne rompt pas. Surtout n’essayez pas de vous sentir dans cette stabilité de la posture comme un roc sur lequel les vagues de l’existence viendraient se briser, surtout pas. Comme un être enraciné mais vivant, donc souple, donc flexible, sans rigidité.

Videz le haut, remplissez le bas. Allégez le haut, mettez le poids en bas.

Concentrez l’énergie dans le bas-ventre avec chaque expiration et lâchez prise complètement à l’inspiration. L’ouverture libre de la poitrine induit l’ouverture du coeur et celle de l’esprit qui ne se replie pas sur ses opinions, ses préjugés, ses conceptions.
Un esprit tout à fait ouvert, libre, disponible pour accueillir autant les contradicteurs que les admirateurs.

Approfondissez la sensation du bassin et prenez bien conscience des trois centres d’énergie qui s’y trouvent associés.

Tout à fait au bas du dos, le sacrum. Essayez de respirer par le sacrum. Naturellement vous ne pouvez respirer l’air qu’avec vos poumons mais, à chaque inspiration et expiration, approfondissez la sensation que vous avez du bas de votre dos, comme si vous pouviez inspirer et expirer par le sacrum. Sentez ce sacrum comme la source d’où émerge la colonne vertébrale qui monte vers le ciel et culmine au sommet du crâne.
Les organes génitaux sont aussi une source d’énergie et, à mi-chemin entre le pubis et le nombril, le hara.
C’est par ces trois centres de la base que nous accomplissons notre incarnation, que nous prenons appui sur la terre, que nous sommes reliés à la nature. C’est là que nous trouvons notre force fondamentale, sans contradiction, sans l’opposition heureux-malheureux ou, au niveau de la tête, d’accord-pas d’accord : la vie sans dualité, seulement la conscience d’être.

Surtout ne reniez pas cette force naturelle, et à partir de cette force animale dans le bassin, la vie dite spirituelle, les sentiments les plus divins peuvent se développer.
Et d’abord le sentiment sans contraire, le oui du coeur, paix, certitude, ouverture confiante, amour sans peur. Si vous ne perdez pas contact avec l’enracinement à la base, la peur, donc la nécessité de protection au niveau du coeur se dissipe et vous pouvez vous ouvrir sans résister. Le sentiment devient de plus en plus vaste jusqu’à l’infini. Et, à partir de cet enracinement, la tête aussi peut être plus libre, plus ouverte, sans protection. L’énergie qui s’investit dans les pensées contradictoires, futiles, souvent inutilement inquiètes, a retrouvé sa place juste à la base de votre présence.
Une énergie beaucoup plus fine peut nourrir votre tête, une tête lucide, détendue, un esprit disponible et, surtout, un esprit réconcilié avec cette racine de votre être, n’opposant plus la force naturelle et un monde d’opinions, d’idées, de préjugés.

La pensée ordinaire est issue du passé, de vieilles peurs, d’injonctions de l’éducation, de marques du « surmoi ». Si vous pouvez retrouver avec confiance vos propres entrailles, vous retrouvez la vie en vous, indépendante de ce surmoi rigide qui vous étouffe et vous tyrannise.
Essayez d’avoir l’esprit complètement détendu et disponible mais non coupé de la sensation de la base. Pour associer la tête à l’enracinement, vous allez détendre complètement l’esprit comme si tout l’intérieur de votre crâne était au repos, vidé des préoccupations habituelles et vous allez sentir l’air pénétrer en vous par les narines. Laissez l’inspiration se faire d’elle-même, sentez le souffle qui emplit et caresse toute votre tête.
A l’expiration, vous vous représentez, sans aucune considération ou association érotique, que ce souffle vient nourrir vos organes sexuels, source de la vie créatrice en vous. Vous expirez dans les organes sexuels en même temps que le prana de l’air vient nourrir cette partie de votre être.

L’important est d’échapper au jeu des conflits. Quand vous êtes perturbé, vous pouvez être très aidé, pour revenir à la paix en vous-même, en disant oui de tout votre être à votre propre respiration. Oui à l’expiration, oui à l’inspiration et, par là même, vous êtes immédiatement aidé à dépasser le monde de l’attraction et de la répulsion.
Ce oui est toujours à votre disposition. Et dire oui à la respiration, c’est dire oui au niveau des narines en détendant toute la tête, c’est dire oui au niveau de la poitrine qui s’ouvre, qui se dilate et qui se vide, oui au niveau du coeur, oui au niveau du ventre et du hara, puisque vous expirez dans le ventre.
Par la respiration consciente, vous pouvez imprégner de ce oui, du AUM sanscrit, toutes les parts de votre être et toutes vos fonctions et, par là même, réconcilier la tête, le coeur, le corps, le sexe.



Résumé et extraits d'Approches de la méditation d' Arnaud Desjardins .- Editions de La Table Ronde, Paris, 1989.
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Publié par Emmanuel de Lussac - dans Arnaud Desjardins
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Tout comme l'aigle s'en revient à son nid,

à tire-d'aile, lassé de son long voyage.

Ainsi l'âme qui dans le monde relatif et mortel des phénomènes a vécu,

s'en reviendra en elle-même,

Où elle s'endormira, libre de tout désir et de tout rêve

 

 

zafu

 

 

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